Trois unijambistes en procession
Contre la tôle, les tambours du déluge
Aux fenêtres, la gifle d’une branche
Entre deux rafales, un rapace égaré
Sous ses ailes, une mosquée foudroyée
Cheminant dans le torrent des rues
Trois unijambistes en procession
Le bruit des béquilles noyé par la pluie.
Où étiez-vous le 9 novembre 1989?
C’est une question qu’on entend souvent dans les médias, ces jours-ci.
Je n’ai sans doute pas pris cette photo des unijambistes à cette date précise, mais elle reste très emblématique de mes souvenirs de l’époque. Elle donne une bonne idée de la vue à laquelle j’avais accès, depuis le balcon de l’appartement où je logeais, à Kigali. Un ami, alors coopérant, m’y hébergeait. Nous y avions une voisine et amie, Suzan, qui était une coopérante d’origine ouest allemande.
Le 9 novembre, ou plutôt sans doute le lendemain matin, le 10, elle est arrivée en tambourinant à la porte comme si la fin du monde venait de survenir…
« Le mur, le mur! », criait-elle avec des larmes dans les yeux, et en mélangeant des mots d’allemand dans ses exclamations.
Dans ce contexte africain où nous étions, tout cela semblait si distant. Je pense que je n’ai pas vraiment mesuré, sur le coup, ce qu’une telle nouvelle pouvait représenter, mais son émotion était si communicative qu’aujourd’hui encore, ce jour reste gravé dans ma mémoire.
Plus tard cette semaine là, je suis allé à l’ambassade américaine assister à la projection hebdomadaire des nouvelles télévisées de CBS. Il s’agissait de projections ouvertes au public, dans une salle peu glorieuse, avec des chaises d’école. Au moins, c’était climatisé.
Le contraste entre les images à l’écran et le contexte de leur visionnement était presque surréaliste. Dans ce même contexte, trois semaines plus tôt, j’avais aussi assisté en différé au tremblement de terre de Los Angeles.

