Hier était ma dernière journée de vacances. Une vraie journée de liberté juste à moi, sans obligation aucune, ni familiale, ni domestique, ni professionnelle, ni même morale, à part sortir le chien, peut-être. Naturellement, j’ai voulu en tirer profit au maximum en prenant des photos. Malgré le froid intense, il me fallait finir en beauté, aussi ai-je pensé que l’occasion était idéale pour tester mon nouveau gadget, un petit accessoire que certains d’entre vous connaissez sûrement, surtout les paysagistes : un filtre ND (Neutral Density). Cela faisait longtemps que j’y pensais, seulement, je n’en voyais pas vraiment l’utilité jusqu’ici, compte tenu de mon approche photographique. Je m’explique. J’ai médité là-dessus toute la journée, alors aussi bien tenter de coucher cela par écrit.
Lumière et temps
La photographie est tributaire de deux facteurs complémentaires : la lumière dans tous ses états, et le temps. L’individualité artistique qui se dégage de chaque photo est notamment la résultante d’une combinaison arrêtée de temps et de lumière, parmi d’innombrables variables possibles. Bien sûr, on doit encore considérer de nombreux autres aspects tels que l’environnement, le déplacement du photographe dans celui-ci, l’inertie ou les mouvements du sujet, et j’en passe. Tous ces facteurs entrent en ligne de compte, quand on utilise un filtre ND, car leur utilité première est de permettre des expositions plus longues en pleine luminosité. On peut souhaiter cela pour une multitude de raisons, comme par exemple capturer le mouvement, ou encore l’effacer complètement. L’utilisation d’un trépied s’avère alors indispensable pour immobiliser l’appareil. Personnellement, je n’utilise presque jamais de trépied, sauf pour les photos d’insectes en macro. Je possède pourtant un excellent Manfrotto, mais je n’ai juste jamais le loisir de m’encombrer d’un tel fardeau quand je sors. Avoir un trépied signifie, à mes yeux, prendre son temps, chose que j’ai trop rarement l’occasion de pouvoir me permettre.
Depuis des années, je pose mes choix photographiques en fonction de mon rythme de vie et du peu de temps libre dont je dispose pour exercer ma passion. Mon équipement a été choisi en fonction de cela : portabilité, instantanéité, rapidité. Les diaphragmes de mes lentilles sont plus souvent qu’autrement ouverts, afin de me permettre d’augmenter ma vitesse de capture et d’ainsi prendre mes photos rapidement, à main levée. Certaines de mes lentilles sont même pourvues d’une fonction VR, qui réduit l’effet des vibrations à basses vitesses. Je suis loin de faire dans le photojournalisme d’action, mais je dois admettre que je suis une personne un peu trop pressée à mon goût. La qualité de mes photos s’en ressent d’ailleurs souvent, et c’est pourquoi il m’arrive de devoir compenser en post-production. Sans doute que si je prenais plus de temps à mieux préparer mes photos, j’en perdrais moins sur l’ordinateur à corriger mes erreurs, mais je réfléchirai à cela plus tard.
Ralentir le temps… ou pas
Aujourd’hui, j’ai donc décidé de me faire plaisir et d’essayer de ralentir un peu, quelques secondes à la fois, simplement en réduisant mes temps d’exposition avec mon nouveau filtre. J’ai enfilé plusieurs couches de vêtements, mon gros duvet d’oie, des gants de laine dans des mitaines, et je suis sorti affronter le froid. Il faisait -20°C, mais à l’ombre, dans la brume humide des chutes que je suis allé visiter, c’était autrement plus glacial. Malgré toutes ces précautions, j’ai vite eu le bout des doigts gelés.
J’ai ainsi pris quelque deux cents photos en quelques heures, mais à ma décharge, j’ai pratiqué le bracketing pour tester les meilleures combinaisons d’exposition avec le filtre. J’opérais vite, et pourtant, j’avais l’impression que le temps s’écoulait différemment autour de moi : à la fois plus lent que d’habitude, mais encore trop rapide. Une petite voix ne cessait de me rappeler que c’était ma dernière journée. À partir de demain, il ne me resterait plus que quelques heures par semaine, le plus souvent les dimanches, pour sortir mon appareil. Alors malgré le poids du trépied, j’ai fait ce que je fais trop souvent quand je prends des photos : je me suis encore dépêché. Voici à quoi ressemble la journée d’un homme dont les dernières heures de liberté sont comptées.
Une journée bien remplie
Après un déjeuner en ville avec ma douce, je suis d’abord parti explorer les rivières du centre-ville. Le filtre ND est particulièrement intéressant pour capturer le mouvement de l’eau, alors il me fallait des rapides, comme ceux de la gorge de la rivière Magog. Sitôt mon équipement prêt, je me suis mis au travail à un rythme soutenu. Je prenais une série de photos, puis je pliais le trépied sans même en retirer l’appareil, et je me déplaçais rapidement vers un autre endroit. J’ai ainsi fait le tour des sites que je voulais visiter au centre-ville en une moins d’une heure et demie. Par la suite, j’ai pris la voiture et j’ai roulé une vingtaine de kilomètres pour aller explorer un autre coin que je ne connaissais pas, du côté de Windsor. Vers midi, je suis revenu dîner à la maison et sortir le chien pour sa promenade. Nous sommes partis, le chien et moi, et bien entendu, j’ai profité de l’occasion pour aller prendre d’autres photos du côté du barrage de la rivière Magog, près de la 410, toujours avec mon trépied sous le bras… J’ai même trouvé le temps après d’aller chercher un livre de l’excellent carnettiste Guy Delisle que je m’étais fait venir chez le libraire. De retour à la maison, j’ai mis un poulet au four, j’ai transféré mes cartes mémoire dans Aperture, j’ai rédigé le présent texte, le soleil s’est entre temps couché, et je vais maintenant aller chercher mon fils à l’école… Ouf!!! Ai-je mentionné que c’était ma dernière journée de vacances?
L’histoire derrière la photo
Je conclus avec une anecdote à propos de la photo du jour. Le trépied permet aussi de faire des autoportraits avec télécommande. Pour tester le filtre, je m’étais aventuré sous divers ponts et viaducs du centre-ville, à la recherche d’eau en mouvement. Ce sont des lieux que peu de personnes ne visiteront jamais, à l’exception des adeptes du graffiti, des itinérants, des pêcheurs urbains, et des occasionnels jeunes en mal de sensations. Justement, alors que je remballais mon équipement après avoir pris cette photo, un homme assez massif, dans la vingtaine et avec une démarche un peu trop déterminée, a surgi de nulle part, depuis le coin droit sur la photo. Nous nous sommes brièvement dévisagés, puis aussitôt ignorés. Sans perdre un instant, il a entrepris de rassembler des canettes de peinture aérosol qui trainaient alentours, ainsi que des bouts de bois et de ferraille épars, pour en faire un tas dans un foyer éteint. Alors que je prenais une photo un peu plus loin, j’ai entendu un bruit de bouteille cassée. Cela m’a d’autant plus saisi que d’ordinaire, je m’efforce d’affecter le moins possible les lieux que je photographie, aussi dégradés soient-ils. Bien déterminé à ne laisser personne gâcher cette journée, j’ai préféré promener mon trépied ailleurs…
À partir de demain, mes publications devraient redevenir plus sobres. J’ai tout de même engrangé quelques bonnes prises aujourd’hui, que vous pourrez découvrir à mesure que je les traiterai, dans les prochaines semaines.

Ton article me rappelle qu’il faut que j’achète un trépied. J’ai moi aussi tendance à trop photographier à la va-vite. Un trépied m’obligerait à réfléchir à mon cadre pour chaque cliché. Et en plus, ça permet de faire :
• De la photo de nuit.
• Des panoramiques
• Des autoportraits
• De la macro
• Du light-painting
• Des effets de filé avec de l’eau en mouvement
• Des clichés HDR… et j’en oublie peut-être. Tu as quel Manfrotto et quelle rotule ? Tu en es content ? Quel filtre ND faut-il pour un usage polyvalent ? Bon retour à la vie active, donc.
Salut Pedro,
Mon trépied n’existe plus tel quel, car il remonte à mes cours universitaires, c’est donc un classique aujourd’hui :) – Modèle 190B. Par contre, je lui ai donné une deuxième vie en le modernisant avec une excellente rotule moderne, la 322RC2 : http://www.manfrotto.com/heavy-duty-grip-ball-head Elle ne bronche pas même avec une grosse lentille, et tu peux calibrer dans tous les angles.
Pour ce qui est du filtre, comme je n’étais pas certain d’aimer ou pas l’approche, j’ai commencé avec un modèle variable bas de gamme qui me permet de baisser de un à trois stops. L’inconvénient, sur une lentille grand angle, c’est que si on force la dose passé trois stops, on obtient une espèce d’aberration optique nuisible. Mais en restant raisonnable, c’est très acceptable pour expérimenter.
Bon courage pour la reprise au travail et merci de nous avoir emmené tout au long de ta dernière journée de vacances.
Très artistique cette photo! Un savant mélange entre ta vision et celle des taggueurs.
Tu en as fait tellement cette journée, que même ton ombre a du mal à te suivre ;)
Voilà, c’est soit ça, soit je me suis dédoublé pour être plus efficace. :)
Nicolas, on dirait qu’on a convenu, d’un commun accord, de publier un billet beaucoup étoffé qu’à l’habitude. ;) Chouette, cette synchronicité.
Le fameux trépied, j’essaie, dans la mesure du possible, de le transporter partout où je vais. Il est lourd. Mais je me suis habituée à le trimballer. Je peux le manipuler les yeux fermés, ou presque. Pour moi, c’est un accessoire indispensable, surtout lors de longue exposition, parce que je choisi de petites ouvertures ( f16- 22). Pratique pour le HDR (comme le mentionne Pedro, mais il m’arrive de prendre les clichés à main levé (oui, oui) si la vitesse est suffisamment élevé), et aussi pour les courants d’eau avec effet laiteux.
Bon, il y a bien des avantages à utiliser un trépied, netteté d’image, stabilité, et effet spéciaux. Toutefois, j’aime la liberté que me procure la camera sans le trépied. Souvent, je vais prendre une série d’images et, si la lumière me le permet, je vais abandonner mon trépied (avec enthousiasme) et vais poursuivre la séance photo avec aisance.
Prendre le temps, un luxe qu’on n’a pas toujours. Travaillant à temps plein, ton texte fait écho aux mêmes contraintes que je vis. Le week-end, un matin par semaine, est tout ce qu’il me reste pour savourer ce loisir. Si c’est une heure, ou deux, j’en profiterai au max, prenant le temps ou pas de faire les clichés qui me tentent. Mais je sais que si je fait le tout à la va vite, j’aurais des résultats médiocres. Alors, j’essaie de ralentir. L’été c’est mille fois plus facile de prendre son temps, la douceur de la température aidant à conserver la dextérité de nos doigts. ;) L’hiver, eh bien, il faut composer avec le froid.
En ce qui concerne les endroits reculés, je les évite. Enfin, ça dépend. La campagne peut s’avérer passablement reculé, entre toi et moi. lol Mais il m’est déjà arrivé de me rendre sur le site d’une route abandonnée, rendue sur place il y avait une gang de jeune qui vociférait des insultes à qui mieux mieux. Je ne sais si tu le sais, mais j’ai poursuivis mon chemin, quelque peu déstabilisée par leur attitude.
Bon, mon Dieu, je suis en train de t’écrire un roman. hihi! Bonne continuité et j’ai hâte de visionner tes prochaines photos.
PS : le filtre dégradé est un autre truc indispensable, surtout en photographie de paysage. ;) J’en ai 3…
et vais
J’ai tout de suite pensé à toi en parlant de trépied et de filtre. :) J’imagine bien que cela fait partie intégrante de ton matériel régulier, d’après tes prises si léchées. Je suis bien d’accord avec toi et Pedro sur les avantages du trépied. Je crois que je dois juste me motiver à en avoir toujours un dans la voiture, car je suis du genre à freiner n’importe où pour prendre mes photos, au grand dam de ma famille. :) Je vais aller voir ton billet étoffé, à présent.
J’ai exactement la même mauvaise manie de laisser mon gros trépied à la maison et faire des photos à la va-vite ! Ça avait l’air d’une super journée, j’ai bien hâte de voir le reste !
En ville (je te présume de Montréal, d’après ton profil), le trépied est en effet moins facile à traîner et aussi moins pertinent pour la photo de rue. Mais pour tes projets photos spécifiques, ça peut s’avérer intéressant. :)
Vivre à Plein temps pour sa Passion , demande en soi trop de Sacrifices ,
A l’Hors sous Vents sans Artifices , je sors toujours sans bonne Raison ,
Un Numèrique en Toutes Saisons , Vieux Compagnon Fait bon Office ,
Ensuite Nature à l’Hors s’Immisce , guidant mes Pas par Refléction.
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NéO~
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La Lumière est Tant…
“Vivre à Plein temps pour sa Passion , demande en soi trop de Sacrifices.” Bien d’accord avec ça. D’ailleurs, je crois également que la contrainte du temps limité est une excellente motivation à la créativité. Je suis aussi adepte du numérique en toutes saisons, mais quand tu fais du bureau plus de 40 heures par semaine, ça limite pas mal les opportunités. :(
;) Je comprends mieux que tu vives à Fond ces Journées en Hors .
NéO~
Bonne Journée et Merci
For some reason, my translator was unable to translate this page, so I am unable to read the text. However, the photo is amazing and mysterious at the same time.
I suspected that this one would be a tad difficult for you. You know, in the late 90s, I used to run an experimental web site in both English and French, but it was really too much work. Eventually, I killed the project.
About this post, to make a long story short, I bought a ND filter and went out all around town to try it, yesterday, as it was my last day off. I go on about how I tend to do everything fast, and even though I had planned to slow down my shutter speed with the filter, I still managed to optimize every second of that day. The story about the self-portrait is that not long after I took it (under a bridge), some weird guy showed up out of nowhere and started to break beer bottles, so I decided to walk away.
Nicolas, merci de ta réponse. Après avoir un peu regardé, je pense que je vais opter pour un Manfortto 055 XPROB avec rotule 804 RC 2. Ça a l’air bien stable, tout ça. Quant aux filtres, j’aime bien ce que les gens font avec des poses extra-longues. Un ND 400, ça a l’air d’être ce qu’il faut. Quelqu’un a une opinion sur ce matériel ?