Info

Beaucoup de photos, et des mots aussi!

À l’origine : Mandibules

Durant quelques années, soit entre 1997 et 2002 approximativement, j’ai entretenu dans l’Internet un modeste mais résilient projet expérimental intitulé Mandibules. Les services intégrés tels que WordPress ou autres CMS n’existaient pas, et chacun devait se débrouiller par ses propres moyens pour bâtir son univers virtuel. Il y avait une véritable effervescence de créativité encore à la portée de quiconque était prêt à y consacrer un peu (beaucoup) de temps. Flash était l’environnement de prédilection.

À l’époque déjà, on me demandait : mais pourquoi Mandibules? Je n’avais pas de réponse précise à cela. C’était le premier nom qui m’était venu à l’esprit au moment de choisir mon URL. Sans doute en souvenir d’un personnage d’une émission pour enfants de ma jeunesse. Peut-être parce que j’aime les insectes. Pour ne rien arranger, je publiais des poèmes et des nouvelles dans mon site sous un pseudonyme. La confusion était totale, et je l’entretenais volontiers. L’objectif était de bien séparer ma carrière de mes délires sur l’Internet.

Tout ce que j’apprenais la nuit en développant mon site me servait le jour, alors que je gagnais ma vie comme chargé de comptes dans le milieu de la communication. Tous mes clients voulaient avoir leur propre site Internet, et il m’était utile de connaître les rouages internes, au delà des concepts de base. J’ai tenu mon site à bouts de bras quelque cinq années, durant lesquelles j’ai énormément appris. Mes publications et la navigation étaient proposées en français et en anglais. Je faisais tout par moi-même, de la programmation HTML et Flash aux textes et images, en passant par la gestion de l’hébergement et la promotion.

Évolution graphique

Les captures d’écran que je vous propose ici soulignent l’évolution graphique et conceptuelle des trois dernières années de Mandibules (de fin 1999 à fin 2002). Je n’ai malheureusement pas conservé les versions antérieures, qui d’ailleurs ne furent pas publiées sous cette adresse.

  • 1999-2000 - Accueil
  • 1999-2000 - Un projet
  • 2000 - Accueil
  • 2000 - Liens
  • 2000 - Images
  • 2001 - Accueil
  • 2001 - Fonds d'écrans
  • 2002 - Accueil
  • 2002 - Principale
  • 2002 - Animation

Utilisez les flèches ou les pastilles pour explorer la galerie de photos.

Vers la fin du projet, soit en 2002, je m’étais donné le défi de publier un montage multimédia par jour, c’est à dire une animation en Flash, souvent avec effets sonores et visuels. Je consacrais en moyenne deux à trois heures par soir à mon projet. J’ai tenu ce rythme six mois. Mes obligations professionnelles et familiales prenant de l’ampleur, j’ai fini par perdre l’intérêt. Il me semblait que j’avais fait le tour de la question. Je plafonnais, pire, je me répétais, en même temps que l’on devinait un certain essoufflement du mouvement qui m’inspirait, dans la communauté expérimentale. Les artisans se mobilisaient en studios, tandis que les gros joueurs prenaient une place croissante sur le web. J’étais fatigué. Mon temps consacré à la programmation et au design l’emportait de plus en plus sur celui consacré à la création de contenus originaux. Bref, la forme était en train de devenir mon propos. Mon fils grandissait, ma carrière prenait un second essor… Sans trop de regrets, j’ai décidé d’abandonner Mandibules, qui s’était pourtant taillé une petite place appréciable dans le monde du web émergent. Mon silence radio a duré près de sept ans.

La maturité de WordPress

L’envie de me remettre à l’auto-édition m’a vraiment repris en 2009. Je me suis acheté un appareil photo plus sérieux, et surtout, j’ai pu constater que les outils avaient considérablement évolué. Les services tels que WordPress garantissent désormais une expérience pratiquement libre de tout souci technique. Nous pouvons nous consacrer entièrement à ce que nous avons à dire, tout en pouvant à loisir personnaliser notre blogue, et ce, sans trop d’investissements techniques.

Pour en revenir à la question en titre de ce billet, une partie du nom m’est venue parce qu’au moment de choisir mon URL, j’étais en train de lire un (excellent) roman de William Gibson, Pattern Recognition. Des années auparavant, j’avais beaucoup apprécié, du même auteur, le roman Neuromancer. Certains volets de Mandibules se voulaient d’ailleurs en partie d’influence cyberpunk, un sous-genre né de ce roman. Voilà pour la première partie du nom. Quant au « bancal », il est un peu plus complexe à justifier.

Le déséquilibre comme mouvement perpétuel

Nombre d’entre nous entretiennent de front, en plus de leurs vies familiale et professionnelle, un hobby, une passion, la pratique d’un art ou d’une discipline sportive. Souvent, nous ignorons que cette informaticienne experte que nous côtoyons est aussi une musicienne réputée, ou encore que cet autre collègue voue ses week-ends à fabriquer des meubles. Chacun semble cultiver ses passions et intérêts plus ou moins en secret, comme s’il se sentait un peu coupable de ne pas consacrer la totalité de ses énergies à sa carrière ou à sa famille. Attention : ce dernier commentaire se veut plus une projection qu’un jugement. Il existe bien sûr mille raisons valables de ne pas crier sur les toits ses activités extra-professionnelles, à commencer par le fait qu’on est au travail pour… travailler, ou encore par simple discrétion.

Jeune homme sortant de l’université, j’aspirais comme beaucoup à mener une vie de bohème, ce qui heureusement pour moi n’a pas duré. La chanson n’est ni nouvelle, ni originale. Je dis heureusement parce que j’ai appris à me connaître. Trop libre, on tend à s’éparpiller. Les contraintes ont ceci d’utile qu’elles nous forcent à agir et réagir, à canaliser et diriger nos choix. Longtemps, j’ai tout de même été déchiré entre mes passions, mes rêves, mes sources de revenu, et mes factures. Vous aurez compris à ce stade le «bancal» de Neurobancal…

Neurobancal, donc, parce que je crois que ce mouvement perpétuel généré par la quête d’équilibre est souhaitable. Nécessaire, même.

Aujourd’hui, je pense avoir mis le doigt sur la bonne combinaison. Mon côté cartésien a trouvé une niche idéale dans mon travail de gestionnaire, tandis que mon côté artistique se plaît à refaire surface dès que j’ai quelques heures de libre. J’ai mis plus de vingt-cinq années de vie active pour en arriver là. Quant à la culpabilité que j’éprouvais à mes débuts, celle de ne pas consacrer toutes mes énergies à une vocation unique, je l’ai apprivoisée par le raisonnement suivant : travail et art se nourrissent l’un de l’autre, chacun apportant sa part d’apprentissages utiles dans l’autre sphère d’activité. Il s’agit surtout d’être patient, car le chemin peut sembler deux fois plus long… si encore il doit avoir une fin.

Si vous avez réussi à lire ceci jusqu’au bout, je suis curieux de connaître votre cheminement. Avez-vous trouvé votre rythme? Au prix de quels compromis? Si vous tenez un blogue et que ce billet vous inspire, partagez donc votre histoire en mettant un lien dans la section des commentaires vers votre propre billet sur ce sujet. Sinon, écrivez-moi, ou laissez un commentaire ci-après.

Certains de mes collages et photomontages de l’époque Mandibules sont encore visibles dans Neurobancal, sous le mot-clé Archives Mandibules.

Comments

  1. février 20, 2012

    Thank you for this insightful look at you background. I feel i know you better and I admire your ability to share this information. It’s always a pleasure to visit this site each day and see some wonderful photos.

    • février 20, 2012

      Thanks Ken. Glad to see your translator managed to digest all this verbatim. :)

  2. février 20, 2012

    C’est à peu près ça itou, moins le bébé et la contrainte. Fa que je reste encore éparpillé et fou comme la marde !!!

    • février 20, 2012

      Je ne contredis pas, même si t’es quand même censé être à la retraite, mister. :)

  3. février 20, 2012

    Quel passionnant billet, Nicolas! J’en savais déjà un peu sur toi grâce à des billets précédents. Mais là, je suis franchement impressionnée. Tellement bien écrit! Ce qui m’étonne encore plus, c’est que tu sembles avoir atteint un équilibre entre travail et passion.

    Je trouve ta question, sur le cheminement, intéressante, j’envisage d’en écrire un billet. Ça pourrait m’aider à y voir clair dans ma propre démarche. Pour ma part, j’ai commencé à bloguer en 2007, alors que je venais d’acheter mon premier appareil photo numérique et que j’écrivais (dans mes temps libres) des bribes de roman jeunesse. Le roman a pris le bord, la photo est restée. ;) Maintenant, j’allie les deux dans un tout nouveau genre, enfin pour moi.

    En ce qui concerne l’ambivalence, je la ressens, tous les jours. Disons que ma tête me dicte d’exécuter mon “travail”, de gagner ma croûte et de conserver tous les avantages que j’ai acquis au fil des années. C’était valide à l’époque où mes filles vivaient à la maison et que le garde-manger ne pouvait se remplir de lui-même. Mes filles ont grandi, sont devenues autonomes et ont quitté la maison. Maintenant, je n’ai plus d’obligation à leur égard, ou presque, juste des comptes à payer. ;)

    Avant mon emploi actuel, gérante d’une pharmacie, j’ai été artisane (travailleuse automne) pendant 7 ans, ce fut les plus années de ma vie, côté marché du travail. J’aimerais retrouver ce bien-être, ce sentiment de liberté, cette harmonie avec moi-même. Mon travail actuel m’a permis d’approfondir certaines connaissances, d’enrichir mon habilité à gérer, à planifier, à superviser et le dernier point, et non le moindre, d’augmenter ma confiance en moi.

    Je crois que je suis mûre pour voler de mes propres ailes. Ailleurs. :D

    • février 21, 2012

      Tu connais ma réponse, maintenant : Follow your bliss! :) J’ai hâte de voir où cela va te mener.

  4. février 21, 2012

    Tiens pas de photo aujourd’hui ! On m’aurait donc menti. Il ya bien noté là, en haut à gauche de l’écran : ” une photo quotidienne ou plus”. Oui il y a bien les captures d’écran de Mandibules mais pas de photo !
    Que fait un photographe s’il ne fait pas de cliché. Il parle.Tiens intéressant. Besoin d’expliquer, de commenter, de se justifier, d’échanger. Un peu de tout cela me semble-t-il.
    C’est vrai que le titre “Neurobancal” m’a surprise mais, au fil des visites, je me suis aperçue que le neuro était bien présent et que le bancal ne l’était pas vraiment, juste un soupçon pour amener un brin de légèreté dans la photo ou le propos.
    Je suis impressionnée par le travail de Mandibules, le résultat est pas mal du tout. J’aime ce genre de productions et j’admire d’autant plus que je ne connais rien à l’informatique.
    Je crois que la contrainte (travail, famille) aiguise l’envie et la motivation. Pas de temps à perdre et l’on s’aperçoit effectivement que tout s’imbrique et se nourrit.
    Soizic.

    • février 21, 2012

      LOL. Chacune de ces 10 captures d’écran représente des jours de travail, tout de même. :)
      En fait, je ne cherche pas tant à me justifier qu’à faire un petit bilan de parcours, à mi-course… et à casser justement un peu la monotonie de la photo quotidienne. Je suis bien d’accord avec toi que les contraintes aiguisent la motivation. Bonne semaine.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Basic HTML is allowed. Your email address will not be published.

Souscrire à ce flux de commentaires par RSS

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 238 followers