Les deux premières photos montrent une série que l’on peut qualifier d’oeuvre engagée. Intitulée Women’s House (Sunglasses), elle est signée par Sanja Iveković, une artiste et activiste féministe d’Europe de l’Est.
À des publicités montrant des icones de la mode sont apposés des témoignages de femmes au destin difficile, parfois même sordide. L’effet est puissant, mais aussi quelque peu didactique. Personnellement, je trouve l’approche trop manichéenne pour que je la laisse me soutirer une émotion sincère. Je comprends la cruauté, l’iniquité de ce que je lis. Je perçois aussi très bien la superficialité de l’image. La chimie toutefois ne s’opère pas. Je sens trop les ficelles du procédé. Je résiste. Pourtant, quelques minutes plus tôt, j’ai apprécié le propos d’une oeuvre similaire de cette même artiste.
Je me dis que je ne suis sans doute pas le public-cible. Ou au contraire, peut-être que si, justement. Alors, pour tenter de comprendre, je me mets à observer comment le message est perçu par d’autres autour de moi.
Je suis surpris par le nombre de visages sévères qui m’entourent. Le sérieux du sujet semble dicter à toutes et à tous une attitude solennelle de rigueur, tandis qu’ils prennent le temps de lire les textes un à un. Sans vouloir douter de la sincérité de ces gens, je soupçonne que nous nous influençons les uns les autres dans de telles situations, par un effet d’entraînement. Au même titre qu’un rire entraîne une cascade de sourires, il suffit de deux ou trois personnes au regard froncé devant une oeuvre pour qu’aussitôt, la salle au complet se mette à afficher une morgue de circonstances. Ou alors, tout simplement, peut-être que l’oeuvre les a mieux rejoints que moi.
En ce qui concerne la dernière photo, j’étais fasciné par ce duo de vieux messieurs dépareillés. Le plus grand des deux devait faire pas loin de 6 pieds 8. Ses mains étaient gigantesques, et même en se tenant courbé comme il le faisait, il dépassait tout le monde dans la salle d’une bonne tête. Son ami, à ses côtés, était au contraire beaucoup plus petit que la moyenne. La photo ne rend malheureusement pas le contraste aussi bien que l’ai perçu. J’étais néanmoins touché par la connivence et le respect qui semblait exister entre eux, tandis qu’ils déambulaient en échangeant sur les oeuvres.



Avant d’agrandir la troisième photo, je croyais voir un homme et une femme.
J’ai une autre photo en vertical qui illustre encore mieux la différence de taille.
The last photo says a lot. The two men are so obviously different yet both are the same. Really a nice photo!
Exactly what I perceived, Ken. Thanks for seeing this.
J’aime beaucoup le reflet sur la première photo ! Ça illustre bien le sujet de ton article.
Je suis content que tu l’aies remarqué, Sophie.
Je ne pourrai être touchée par les témoingnages de ces femmes s’ils sont liés à une forme de publicité pour une marque ou pour une icone de la mode. C’est comme vouloir lier la superficialité à la simplicité, à moins que ça soit le but ou alors il s’agit de rendre plus "humain" ce monde décalé et froid.
La sincérité a du mal à éclater sur ces affiches.
Par contre, ta dernière photo est une explosion de réalité par rapport aux deux précédentes. J’aime.
En fait, j’ai mal expliqué. Ce sont des pubs de lunettes Gucci détournées de leur intention première par l’artiste, et non pas de vraies pubs à message comme Benetton le faisait.
Moi aussi j’ai un faible pour la dernière.
Beau témoignage, Nicolas. J’aime beaucoup la manière adroite que tu as de décrire le contexte d’un lieu et de nous faire plonger dans l’univers dans lequel tu étais lors de la prise de vu. J’apprécie particulièrement l’histoire derrière les deux hommes, eux même, passionné de photo à voir leur équipement dans leurs mains.