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Photos par Nicolas Grandmangin

Articles de la Catés:gorie Art, architecture

Trois exemples de singularités architecturales au coeur de New York : la cathédrale Saint-Patrick, le James Farley Post Office et bien évidemment, l’incontournable Flatiron building.

Quand chaque parcelle d’espace doit être exploitée, les risques de surcharge sont inévitables.

Je me permets ici de revisiter quelques thèmes (Apple Store, Radio City, etc.) publiés précédemment, mais cette fois en format vertical.

Partout dans les rues de New York, icônes et divinités tentent de défier l’oubli en s’arrachant l’attention des mortels.

Je crois avoir résolu mon problème de la présentation des photos en format vertical…

Dans le coin de Ground Zero, entre les tours nouvelles ou survivantes, grandit inexorablement, jour après jour, l’ombre d’un phoenix de béton, d’acier et de verre.

Alors que nous descendions vers le sud de Manhattan, dans le quartier de Tribeca, nous avons aperçu cette étrange tour au loin (première photo). Mon imaginaire était particulièrement stimulé par l’apparition surréaliste de cette structure de plus de 150 mètres, sans aucune fenêtre apparente, au milieu d’un quartier résidentiel. Je n’arrivais pas à la quitter des yeux à mesure que nous nous en approchions.

J’ai déjà vu de telles constructions dans divers films de science-fiction, ou même dans certains jeux vidéos, mais là, on aurait presque dit qu’on venait de nous transporter dans l’univers d’anticipation de Big Brother. J’ai pris de nombreuses photos sous le regard attentif des multiples caméras de surveillance qui scrutaient les alentours. Je m’attendais presque à voir surgir les voitures noires qui nous embarqueraient pour de bon, mais rien de cela n’est arrivé.

Par contre, je parierais qu’un gros plan de mon visage est désormais entreposé quelque part dans une voûte électronique, avec une note de service succincte : 4 mars 2012, 15:00. Activité suspecte. Homme dans la quarantaine a pris de nombreuses photos de la tour tandis qu’une complice faisait le guet.

Plus tard, j’ai découvert qu’il s’agissait du Long Lines Building, une tour de béton et de granite appartenant à la compagnie de télécommunication AT&T, et sise au 33 Thomas Street. Inauguré en 1974, ce bâtiment de style brutaliste et signé par l’architecte John Carl Warnecke a longtemps servi de centre névralgique des communications américaines. Véritable bunker conçu pour résister tant aux retombées d’une explosion nucléaire qu’aux pannes électriques, il a pourtant été victime d’une erreur humaine le 17 septembre 1991 qui causa l’interruption de plus de 5 millions de communications, sans parler d’une paralysie inquiétante de quelque 398 aéroports de la côte Est. Aujourd’hui, la tour héberge essentiellement des serveurs de données.

Radio City Music Hall! Je ne sais trop pourquoi, ces mots ont une consonance quasi-mythique à mes oreilles. C’est au niveau de l’inconscient qu’ils me font vibrer, car je ne parviens pas à leur associer un événement en particulier, autre que de vagues souvenirs cinématographiques et romanesques.

Ces enseignes étaient la principale attraction depuis les fenêtres de notre chambre d’hôtel, qui était à deux pas. En les observant ainsi incrustées à l’architecture Art déco du Rockefeller Center, je pouvais presque par moments m’imaginer projeté au milieu des années trente. Le choix du noir et blanc et du sépia n’est donc pas innocent.

Depuis que j’utilise un format plus large pour le blogue, j’ai tendance à éviter les photos verticales, car soit elles prennent trop de place, soit elles semblent perdues dans la page. Je me permets ici une petite entorse à ma règle. J’aime particulièrement cette photo, d’autant plus qu’on y devine la pleine lune pointer, en haut à gauche.

Je pense qu’il est inutile de préciser de quelle compagnie il est question ici. Il s’agit de leur store étendard sur la 5e avenue, juste en face de Central Park, à la hauteur de la 58e rue. Quel que soit le moment de la journée ou de la nuit, on y retrouve une foule continuelle.

C’était le pari fou de Steve Jobs, et l’incarnation de ses plus grandes obsessions : le design épuré, le verre, et le contrôle absolu de l’expérience client.

Je suis personnellement fasciné par le fait que des milliers de personnes puissent éprouver le besoin de converger en de tels lieux chaque jour, pour s’y faire conseiller comment tirer profit d’appareils dont le concept fondamental est la simplicité d’utilisation.

Pour conclure cette série prise au MoMA, je vous propose quelques mots sur cette expérience particulière que peut susciter l’art moderne, en particulier dans le contexte d’un musée. Le regard cherche à apprécier l’oeuvre pour l’oeuvre, mais certains choix des curateurs finissent immanquablement par nous interpeller. C’est en partie l’effet recherché, mais encore faut-il prendre le temps de jouer le jeu…

À chaque fois que je visite un musée d’art moderne, j’entends au moins une personne sortir ce genre de commentaires lapidaires : « Peuh! Ma petite nièce de 5 ans fait mieux! Ça ne vaut même pas le prix du cadre! On veut rire de moi! Remboursez! »

Cette fois-ci, c’était un jeune français dans la vingtaine, dont l’agressivité des propos n’avait d’égale que la vitesse à laquelle il traversait les salles. Je crois que j’ai moi-même déjà dit de telles énormités la toute première fois que j’ai visité une exposition d’art moderne. Par la suite, j’ai lu quelques livres, visité quelques villes, suivi quelques cours…

Le jeune homme était si énervé que j’ai songé un instant l’arrêter pour lui suggérer de ralentir. J’aurais aimé lui expliquer que les artistes ont un cheminement et une démarche qui leur sont propres, mais ce, toujours au sein d’une évolution historique plus vaste et complexe encore. Autour de l’équation historique gravite aussi un chaotique système d’influences, mélange de contacts interpersonnels, d’écoles de pensées, de talent, de chance, d’alliances et de réseaux mercantiles, lequel système finit par attribuer à certains noms plus de valeur qu’à d’autres. Avoir quelques bases d’histoire de l’art est souvent nécessaire pour sinon apprécier, au moins comprendre l’évolution de sa définition, au-delà de l’esthétisme brut.

Bien sûr, je n’ai rien fait de cela, car je n’ai ni les connaissances requises ni la patience pour ce genre d’intervention pédagogique. J’avais surtout hâte qu’il déclare forfait et se dirige vers le MET afin de s’extasier devant les toiles de la Renaissance.

La première photo montre une guide du MoMA en discussion avec son groupe devant une œuvre de Joseph Kosuth intitulée Titled (Art as Idea as Idea) – The Word "Definition". Je me suis permis cette longue entrée en la matière, car c’était plus ou moins le propos de l’échange auquel j’ai assisté durant quelques minutes. L’art moderne exige de l’ouverture d’esprit, et parfois, il faut l’avouer, quelques explications.

Finalement, j’aurais peut-être dû retenir le jeune français devant ce groupe. La guide y faisait un excellent travail pour débroussailler les idées préconçues.

Les deux dernières photos montrent des visiteurs en réflexion devant une oeuvre d’Agnes Martin intitulée The tree. Ne cherchez pas l’arbre. À la rigueur, si vous tenez absolument à comprendre, suivez le lien pour lire les pensées de l’artiste au sujet de son oeuvre.

Les deux premières photos montrent une série que l’on peut qualifier d’oeuvre engagée. Intitulée Women’s House (Sunglasses), elle est signée par Sanja Iveković, une artiste et activiste féministe d’Europe de l’Est.

À des publicités montrant des icones de la mode sont apposés des témoignages de femmes au destin difficile, parfois même sordide. L’effet est puissant, mais aussi quelque peu didactique. Personnellement, je trouve l’approche trop manichéenne pour que je la laisse me soutirer une émotion sincère. Je comprends la cruauté, l’iniquité de ce que je lis. Je perçois aussi très bien la superficialité de l’image. La chimie toutefois ne s’opère pas. Je sens trop les ficelles du procédé. Je résiste. Pourtant, quelques minutes plus tôt, j’ai apprécié le propos d’une oeuvre similaire de cette même artiste.

Je me dis que je ne suis sans doute pas le public-cible. Ou au contraire, peut-être que si, justement. Alors, pour tenter de comprendre, je me mets à observer comment le message est perçu par d’autres autour de moi.

Je suis surpris par le nombre de visages sévères qui m’entourent. Le sérieux du sujet semble dicter à toutes et à tous une attitude solennelle de rigueur, tandis qu’ils prennent le temps de lire les textes un à un. Sans vouloir douter de la sincérité de ces gens, je soupçonne que nous nous influençons les uns les autres dans de telles situations, par un effet d’entraînement. Au même titre qu’un rire entraîne une cascade de sourires, il suffit de deux ou trois personnes au regard froncé devant une oeuvre pour qu’aussitôt, la salle au complet se mette à afficher une morgue de circonstances. Ou alors, tout simplement, peut-être que l’oeuvre les a mieux rejoints que moi.

En ce qui concerne la dernière photo, j’étais fasciné par ce duo de vieux messieurs dépareillés. Le plus grand des deux devait faire pas loin de 6 pieds 8. Ses mains étaient gigantesques, et même en se tenant courbé comme il le faisait, il dépassait tout le monde dans la salle d’une bonne tête. Son ami, à ses côtés, était au contraire beaucoup plus petit que la moyenne. La photo ne rend malheureusement pas le contraste aussi bien que l’ai perçu. J’étais néanmoins touché par la connivence et le respect qui semblait exister entre eux, tandis qu’ils déambulaient en échangeant sur les oeuvres.

Je l’ai déjà dit à maintes reprises, ou si je ne l’ai pas dit, je le pense depuis longtemps : les photographes font d’excellents sujets. L’histoire de l’arroseur arrosé, en quelque sorte, mais présentée sous un angle plus optique.

Je n’étais pas seul avec mon appareil à documenter les lieux, au MoMA. Ces trois exemples illustrent bien le potentiel du sujet.

La sculpture visible dans la première photo est de Rachel Harrison. Quant à l’hélicoptère, son design est signé par Arthur Young. Il a été rendu célèbre par le générique de la série télévisée M.A.S.H..

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