Prenons une petite pause de New York pour revenir en Estrie, que nous avons tentée d’explorer hier par les sentiers de traverse. Je suis revenu dégouté de cette expédition. Nous avons pris la voiture, et tenté de partir au hasard des carrefours, en direction du Mont Orford. Une fois sur deux, je décidais si nous allions à gauche ou à droite, et l’autre, c’était au tour de ma conjointe. L’idée était de tenter de découvrir l’accès à de nouveaux sentiers, au hasard des détours, puisque nous avons pas mal fait le tour des lieux publics connus. Nous ne cherchions qu’un simple accès libre à des terres, une montagne, une rivière…
Nous avons roulé trois bonnes heures ainsi. Nous nous sommes retrouvés dans des endroits si reculés que les routes étaient devenues des pistes de terre remplies de cratères. Et durant ces trois heures, jamais nous n’avons pu nous arrêter pour abandonner la voiture et partir légalement à l’aventure à pied. La raison est simple : chaque parcelle de territoire du Sud du Québec où j’habite est désormais cadastrée, clôturée, en développement et privatisée. Partout, des affiches PASSAGE INTERDIT, PRIVÉ, INTERDICTION DE TRÉPASSER (ici, je me permets un peu de créativité avec le bilinguisme).
Parfois, nous avons traversé les terres du parc national du coin ou des sentiers organisés, mais là, c’était notre chien qui était animalia non grata, même en laisse. Partout, nous nous sommes heurtés à des interdits, des barbelés, des chaînes, des avertissements, des regards méfiants. Les photos que je publie aujourd’hui ont été prises en fin de journée, dans une direction complètement opposée à celle que nous avions prise initialement. Il s’agit du parc du moulin, à Windsor. Superficie : un demi-hectare, au plus. J’ai découvert l’endroit par hasard cet hiver, et j’en avais publié quelques clichés en février dernier. Je m’étais promis d’y revenir au printemps, pour capturer les crues.
Même là, il m’a fallu passer sous une clôture pour prendre certaines photos, et aussitôt la limite franchie, une voiture de Service d’incendie de la municipalité est venue s’immobiliser pour observer ce que je trafiquais. Elle n’est repartie qu’une fois que je suis repassé du bon côté de la clôture. Je ne sais trop quoi penser de tout ceci. Je comprends surtout que si je veux photographier la nature sans m’inquiéter des actes de propriété, j’ai intérêt à économiser pour me payer un voyage soit très au Nord, soit à l’autre bout du monde. Parce qu’en Estrie, on peut oublier la liberté de circulation. Elle a été rachetée depuis longtemps, au même titre que l’âme de ce pays.
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