Pour conclure cette série prise au MoMA, je vous propose quelques mots sur cette expérience particulière que peut susciter l’art moderne, en particulier dans le contexte d’un musée. Le regard cherche à apprécier l’oeuvre pour l’oeuvre, mais certains choix des curateurs finissent immanquablement par nous interpeller. C’est en partie l’effet recherché, mais encore faut-il prendre le temps de jouer le jeu…
À chaque fois que je visite un musée d’art moderne, j’entends au moins une personne sortir ce genre de commentaires lapidaires : « Peuh! Ma petite nièce de 5 ans fait mieux! Ça ne vaut même pas le prix du cadre! On veut rire de moi! Remboursez! »
Cette fois-ci, c’était un jeune français dans la vingtaine, dont l’agressivité des propos n’avait d’égale que la vitesse à laquelle il traversait les salles. Je crois que j’ai moi-même déjà dit de telles énormités la toute première fois que j’ai visité une exposition d’art moderne. Par la suite, j’ai lu quelques livres, visité quelques villes, suivi quelques cours…
Le jeune homme était si énervé que j’ai songé un instant l’arrêter pour lui suggérer de ralentir. J’aurais aimé lui expliquer que les artistes ont un cheminement et une démarche qui leur sont propres, mais ce, toujours au sein d’une évolution historique plus vaste et complexe encore. Autour de l’équation historique gravite aussi un chaotique système d’influences, mélange de contacts interpersonnels, d’écoles de pensées, de talent, de chance, d’alliances et de réseaux mercantiles, lequel système finit par attribuer à certains noms plus de valeur qu’à d’autres. Avoir quelques bases d’histoire de l’art est souvent nécessaire pour sinon apprécier, au moins comprendre l’évolution de sa définition, au-delà de l’esthétisme brut.
Bien sûr, je n’ai rien fait de cela, car je n’ai ni les connaissances requises ni la patience pour ce genre d’intervention pédagogique. J’avais surtout hâte qu’il déclare forfait et se dirige vers le MET afin de s’extasier devant les toiles de la Renaissance.
La première photo montre une guide du MoMA en discussion avec son groupe devant une œuvre de Joseph Kosuth intitulée Titled (Art as Idea as Idea) – The Word "Definition". Je me suis permis cette longue entrée en la matière, car c’était plus ou moins le propos de l’échange auquel j’ai assisté durant quelques minutes. L’art moderne exige de l’ouverture d’esprit, et parfois, il faut l’avouer, quelques explications.
Finalement, j’aurais peut-être dû retenir le jeune français devant ce groupe. La guide y faisait un excellent travail pour débroussailler les idées préconçues.
Les deux dernières photos montrent des visiteurs en réflexion devant une oeuvre d’Agnes Martin intitulée The tree. Ne cherchez pas l’arbre. À la rigueur, si vous tenez absolument à comprendre, suivez le lien pour lire les pensées de l’artiste au sujet de son oeuvre.

















