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Photos par Nicolas Grandmangin

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Je m’interroge pas mal ces temps-ci sur les sujets que j’aime photographier. Ce soir, je suis allé me promener avec mon chien, mais sans mon appareil photo, dans un petit parc boisé de mon quartier. Il faisait si anormalement chaud pour le mois d’avril que j’étais en short et en sandales.

Les arbres, qui n’ont pas encore revêtu leurs feuilles, m’ont semblé encore plus majestueux, ainsi suspendus entre deux saisons. Je me suis rendu compte que même sans appareil, je prenais beaucoup de photos mentales. Le chien, lui, prenait ses photos olfactives et essaimait ses petits SMS urinaires ici et là.

Je crois que je peux affirmer que j’aime photographier les arbres. Je cherche encore à comprendre pourquoi…

Aujourd’hui et demain, je vous propose quelques photos prises dans Central Park le mois dernier.

À l’entrée de Central Park, là où se rassemblent les calèches, se trouve ce curieux point de ralliement de pigeons. Comme en témoignent les nombreuses couches de déjections sur le poteau et sur la chaussée en dessous, l’endroit semble être populaire depuis plusieurs générations de volatiles.

Il me semble avoir déjà lu quelque part que les forces policières ont recours aux patrouilles montées à cheval en milieu urbain pour des fins préventives. Les chevaux auraient un effet dissuasif et calmant sur les foules.

Cette patrouille, qui assure une permanence à Times Square depuis fort longtemps je crois, est presque devenue une attraction touristique. On se fait prendre en photo à côté des chevaux, les gens les caressent au passage (je l’ai fait), et les policiers restent flegmatiques au milieu de la cohue.

À mes visiteurs québécois : ne trouvez-vous pas que le policier à droite ressemble un petit peu à Elvis Graton? À mes visiteurs français ou d’ailleurs : ce film est une parodie satirique à tous les égards.

Les vendeurs de rue, ou street vendors, font partie du décor de la ville de New York au même titre que les taxis jaunes. Ils sont si communs qu’on ne pense même pas à les photographier; un peu comme photographier des boulangeries en France. J’ai tenté d’en poser quelques-uns, mais sans trop y penser, à main levée en passant et sans ralentir.

Voici le résultat, et quelques détails amusants à remarquer : la bannière qui affichait encore Happy New Year en mars, le vendeur de pretzels qui ressemble vaguement à Steve Jobs, alors que son kiosque se trouvait devant le Apple Store

Il y en a d’autres, mais je vous laisse le soin de les trouver.

Radio City Music Hall! Je ne sais trop pourquoi, ces mots ont une consonance quasi-mythique à mes oreilles. C’est au niveau de l’inconscient qu’ils me font vibrer, car je ne parviens pas à leur associer un événement en particulier, autre que de vagues souvenirs cinématographiques et romanesques.

Ces enseignes étaient la principale attraction depuis les fenêtres de notre chambre d’hôtel, qui était à deux pas. En les observant ainsi incrustées à l’architecture Art déco du Rockefeller Center, je pouvais presque par moments m’imaginer projeté au milieu des années trente. Le choix du noir et blanc et du sépia n’est donc pas innocent.

Depuis que j’utilise un format plus large pour le blogue, j’ai tendance à éviter les photos verticales, car soit elles prennent trop de place, soit elles semblent perdues dans la page. Je me permets ici une petite entorse à ma règle. J’aime particulièrement cette photo, d’autant plus qu’on y devine la pleine lune pointer, en haut à gauche.

Je pense qu’il est inutile de préciser de quelle compagnie il est question ici. Il s’agit de leur store étendard sur la 5e avenue, juste en face de Central Park, à la hauteur de la 58e rue. Quel que soit le moment de la journée ou de la nuit, on y retrouve une foule continuelle.

C’était le pari fou de Steve Jobs, et l’incarnation de ses plus grandes obsessions : le design épuré, le verre, et le contrôle absolu de l’expérience client.

Je suis personnellement fasciné par le fait que des milliers de personnes puissent éprouver le besoin de converger en de tels lieux chaque jour, pour s’y faire conseiller comment tirer profit d’appareils dont le concept fondamental est la simplicité d’utilisation.

Pour conclure cette série prise au MoMA, je vous propose quelques mots sur cette expérience particulière que peut susciter l’art moderne, en particulier dans le contexte d’un musée. Le regard cherche à apprécier l’oeuvre pour l’oeuvre, mais certains choix des curateurs finissent immanquablement par nous interpeller. C’est en partie l’effet recherché, mais encore faut-il prendre le temps de jouer le jeu…

À chaque fois que je visite un musée d’art moderne, j’entends au moins une personne sortir ce genre de commentaires lapidaires : « Peuh! Ma petite nièce de 5 ans fait mieux! Ça ne vaut même pas le prix du cadre! On veut rire de moi! Remboursez! »

Cette fois-ci, c’était un jeune français dans la vingtaine, dont l’agressivité des propos n’avait d’égale que la vitesse à laquelle il traversait les salles. Je crois que j’ai moi-même déjà dit de telles énormités la toute première fois que j’ai visité une exposition d’art moderne. Par la suite, j’ai lu quelques livres, visité quelques villes, suivi quelques cours…

Le jeune homme était si énervé que j’ai songé un instant l’arrêter pour lui suggérer de ralentir. J’aurais aimé lui expliquer que les artistes ont un cheminement et une démarche qui leur sont propres, mais ce, toujours au sein d’une évolution historique plus vaste et complexe encore. Autour de l’équation historique gravite aussi un chaotique système d’influences, mélange de contacts interpersonnels, d’écoles de pensées, de talent, de chance, d’alliances et de réseaux mercantiles, lequel système finit par attribuer à certains noms plus de valeur qu’à d’autres. Avoir quelques bases d’histoire de l’art est souvent nécessaire pour sinon apprécier, au moins comprendre l’évolution de sa définition, au-delà de l’esthétisme brut.

Bien sûr, je n’ai rien fait de cela, car je n’ai ni les connaissances requises ni la patience pour ce genre d’intervention pédagogique. J’avais surtout hâte qu’il déclare forfait et se dirige vers le MET afin de s’extasier devant les toiles de la Renaissance.

La première photo montre une guide du MoMA en discussion avec son groupe devant une œuvre de Joseph Kosuth intitulée Titled (Art as Idea as Idea) – The Word "Definition". Je me suis permis cette longue entrée en la matière, car c’était plus ou moins le propos de l’échange auquel j’ai assisté durant quelques minutes. L’art moderne exige de l’ouverture d’esprit, et parfois, il faut l’avouer, quelques explications.

Finalement, j’aurais peut-être dû retenir le jeune français devant ce groupe. La guide y faisait un excellent travail pour débroussailler les idées préconçues.

Les deux dernières photos montrent des visiteurs en réflexion devant une oeuvre d’Agnes Martin intitulée The tree. Ne cherchez pas l’arbre. À la rigueur, si vous tenez absolument à comprendre, suivez le lien pour lire les pensées de l’artiste au sujet de son oeuvre.

Les deux premières photos montrent une série que l’on peut qualifier d’oeuvre engagée. Intitulée Women’s House (Sunglasses), elle est signée par Sanja Iveković, une artiste et activiste féministe d’Europe de l’Est.

À des publicités montrant des icones de la mode sont apposés des témoignages de femmes au destin difficile, parfois même sordide. L’effet est puissant, mais aussi quelque peu didactique. Personnellement, je trouve l’approche trop manichéenne pour que je la laisse me soutirer une émotion sincère. Je comprends la cruauté, l’iniquité de ce que je lis. Je perçois aussi très bien la superficialité de l’image. La chimie toutefois ne s’opère pas. Je sens trop les ficelles du procédé. Je résiste. Pourtant, quelques minutes plus tôt, j’ai apprécié le propos d’une oeuvre similaire de cette même artiste.

Je me dis que je ne suis sans doute pas le public-cible. Ou au contraire, peut-être que si, justement. Alors, pour tenter de comprendre, je me mets à observer comment le message est perçu par d’autres autour de moi.

Je suis surpris par le nombre de visages sévères qui m’entourent. Le sérieux du sujet semble dicter à toutes et à tous une attitude solennelle de rigueur, tandis qu’ils prennent le temps de lire les textes un à un. Sans vouloir douter de la sincérité de ces gens, je soupçonne que nous nous influençons les uns les autres dans de telles situations, par un effet d’entraînement. Au même titre qu’un rire entraîne une cascade de sourires, il suffit de deux ou trois personnes au regard froncé devant une oeuvre pour qu’aussitôt, la salle au complet se mette à afficher une morgue de circonstances. Ou alors, tout simplement, peut-être que l’oeuvre les a mieux rejoints que moi.

En ce qui concerne la dernière photo, j’étais fasciné par ce duo de vieux messieurs dépareillés. Le plus grand des deux devait faire pas loin de 6 pieds 8. Ses mains étaient gigantesques, et même en se tenant courbé comme il le faisait, il dépassait tout le monde dans la salle d’une bonne tête. Son ami, à ses côtés, était au contraire beaucoup plus petit que la moyenne. La photo ne rend malheureusement pas le contraste aussi bien que l’ai perçu. J’étais néanmoins touché par la connivence et le respect qui semblait exister entre eux, tandis qu’ils déambulaient en échangeant sur les oeuvres.

Je l’ai déjà dit à maintes reprises, ou si je ne l’ai pas dit, je le pense depuis longtemps : les photographes font d’excellents sujets. L’histoire de l’arroseur arrosé, en quelque sorte, mais présentée sous un angle plus optique.

Je n’étais pas seul avec mon appareil à documenter les lieux, au MoMA. Ces trois exemples illustrent bien le potentiel du sujet.

La sculpture visible dans la première photo est de Rachel Harrison. Quant à l’hélicoptère, son design est signé par Arthur Young. Il a été rendu célèbre par le générique de la série télévisée M.A.S.H..

Ainsi que je l’ai précisé dans certaines réponses à vos commentaires, les musées d’art moderne, et le MoMA en particulier, sont des lieux bien adaptés à la photographie. L’architecture ouverte, les murs blancs, l’éclairage diffus, les oeuvres exposées et la mine contemplative des visiteurs, souvent perdus dans leurs pensées, tout cela devient facilement un vaste canevas d’observations.

Durant les prochains jours, je vais écouler mes dernières photos de cette fructueuse journée que fut ma visite au MoMA. Je vais tenter de les regrouper en fonction de leurs similitudes stylistiques.

À propos des photos

La première silhouette se découpe sur une collection de dessins de Marlene Dumas intitulée Chlorosis (Love sick). Détail intéressant : l’ordre des dessins est différent, entre ma photo et celle montrée sur le site du musée.

En arrière-plan de la photo du milieu, on distingue Mr. DOB, un personnage créé par Takashi Murakami. Je n’ai pas trouvé de photo de l’original sur le site du MoMA. L’oeuvre s’intitule 727.

Sur la troisième photo, vous pouvez reconnaître le haut des escaliers que je vous ai montrés il y a quelques jours.

Vous remarquerez que j’ai abandonné la présentation des photos «une-à-une» avec navigation, au profit d’une présentation en vignettes. Je craignais que trop de gens passent à côté des options de navigation. Avec les vignettes, notez que vous avez encore la possibilité d’agrandir et ensuite de naviguer d’une photo à l’autre en cliquant de part et d’autre. De ce mode de présentation, j’apprécie également le fait qu’on puisse voir d’un seul coup d’oeil toutes les photos. En revanche, cela a peut-être un peu moins d’impact visuel qu’une seule grande photo en vedette.

Si chaque décennie a son look distinct, le hipster se veut l’archétype de la cool attitude des années 2000. La réabilitation de la barbe est une évolution des dernières années, je dirais. Mais surtout, ne vous fiez pas à moi : j’improvise complètement sur le sujet.

Lorsque j’ai pris la première photo, la vieille dame s’est aussitôt sentie visée. J’avais vu qu’elle avait un reflex classique, et qu’elle semblait savoir s’en servir. Je me suis approché d’elle pour lui signifier que c’était ce qui avait attiré mon regard. Je n’avais pas remarqué la présence mutine de la jeune femme en arrière-plan. Ce n’est qu’en traitant les photos que le lien entre les deux événements s’est fait.

Aujourd’hui, deux photos assez élémentaires d’une oeuvre de Katharina Fritsch qui s’intitule Figurengruppe. Elle se trouve au coeur du jardin des sculptures du MoMA. Elle fascine les visiteurs pour des raisons évidentes. Personnellement, c’est cette interaction qui me fascine.

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