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Photos par Nicolas Grandmangin

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En ce qui me concerne, décembre est une période moins propice pour prendre des photos. Trop de conflits entre les livrables de fin d’année au bureau, les obligations familiales et sociales, et l’étroitesse extrême des périodes de luminosité extérieure. Du coup, lors des rares temps libres qui subsistent, je tends à en profiter pour jeter un coup d’œil sur le passé. Qu’ai-je donc fait de mon temps, ces onze derniers mois? Ai-je évolué ou régressé? Je n’en suis pas encore au dépôt de bilan, mais je m’interroge.

La semaine dernière, j’ai profité d’un rabais d’abonnement sur 500px, qui se targue d’être une sorte de Flickr haut de gamme. Leur positionnement est d’offrir aux photographes amateurs et professionnels un espace public où l’on ne devrait idéalement publier que ses meilleures photos. Un système de votes et de listes de favoris permet aux abonnés de promouvoir leurs photos coup de cœur. Je connaissais le site depuis longtemps, mais j’hésitais à franchir le pas en allant me donner en pâture dans cette course à la popularité. Quelque chose dans le concept m’intimidait et me déplaisait tout à la fois.

Les photos qu’on retrouve sur ce site ont en commun une grande maitrise technique, des couleurs saturées, une netteté impeccable, des paysages et des corps sublimes… et certains abus d’effets auxquels je ne suis pas moi-même immunisé. Je ne me sens pourtant pas pour autant à la hauteur de ces critères.

Regardées individuellement, ces photos sont souvent très belles, tant elles sont léchées et travaillées. Les jeunes photographes russes s’y démarquent particulièrement par leur maitrise exceptionnelle de la technique. Ces photos nous font voyager, rêver, mais leur profusion génère aussi un certain étourdissement. Ceci est d’autant plus frappant quand on les consulte sur une tablette numérique, une photo après l’autre, en très haute définition. Trop de beauté, trop de rêve, trop de perfection finissent par saturer le regard. Surabondance d’effets et de sujets. On se surprend à réfléchir : oui, mais il manque quelque chose… L’unicité d’un regard unique, peut-être?

Sitôt mes propres photos introduites dans ce flot continu de publications, des personnes se sont mises à voter au hasard pour elles et à leur attribuer des commentaires circonspects : « Superbe photo! SVP, venez voir mon portfolio! ». Malaise…

Je constate que cette dernière année, je me suis peut-être laissé entrainer dans une voie qui ne peut que me laisser sur ma faim. Je pense avoir trop cherché à ce que mes photos se rapprochent de ces standards de perfection que je voyais dans ces revues et sites spécialisés. Je ne pense même pas y être parvenu non plus. Il n’y a pas de fin dans cette quête. Ici, un peu de perte de netteté. Là, l’histogramme aurait pu être mieux balancé. Il se trouve toujours un expert bien intentionné pour venir nous prodiguer ses conseils avisés. Oui, vous avez raison, j’aurais pu faire mieux. Il ne suffit pas que nous devions exceller dans toutes les sphères de notre vie. Notre quête personnelle se doit-elle d’être parfaite aussi?

Dans la course aux votes, la perfection est reine. Plus le paysage est proche des canons classiques, ou au contraire, plus il est irréel, plus il plaît. Plus la fille est jolie et dévêtue, plus l’œil de l’animal rare est net et en gros plan, plus les votes s’accumulent. Plus le lyrisme, l’érotisme ou la vision bucolique transpirent, plus la photo monte en popularité. Nous sommes dans une communauté qui s’est nourrie de National Geographic depuis sa tendre enfance. J’en suis moi-même. Si mes paysages me paraissent parfois banals, parce que faisant partie de mon quotidien, certains Européens semblent les apprécier pour cette même raison : l’exotisme fait voyager le regard.

Alors pourquoi ce sentiment de vide? Se poser la question revient un peu à y répondre. En rétrospective, je me demande où s’arrête cette quête de la perfection technique. Je pense avoir atteint un certain niveau que je juge acceptable pour mes propres besoins et critères. Pas parfait, bien loin de là, mais j’ai assez lu et pratiqué pour savoir comment obtenir certaines photos, dans ce créneau bien précis qu’est le paysage. Je soupçonne toutefois que je pourrais continuer indéfiniment à raffiner mes techniques, à perfectionner mes traitements numériques, à entretenir la netteté des pixels, à imiter tout un chacun en améliorant sans cesse mon équipement, sans pour autant ne jamais y trouver une satisfaction durable.

Il manquera toujours ce quelque chose qu’aucune explosion de popularité sur les médias sociaux ne saurait compenser. Il manque une âme. Peut-être aurais-je égaré mon anima quelque part en chemin? Je m’ennuie du silence des bois, de ce quelque chose d’insaisissable que mes photos ne semblent jamais pouvoir capturer.

Suivez le lien suivant, si vous voulez voir de quoi a l’air mon espace sur 500px. J’y ai également monté un portfolio dans un gabarit qui venait avec le rabais d’abonnement. Les mêmes photos que celles visibles dans mon profil, mais dans une présentation plus sobre. Profitez-en donc pour explorer ce qui se publie sur ce site. C’est quand même impressionnant de constater à quel point la photographie a évolué. Faites-vous votre propre idée.

Un exemple de photo que je me risquerais pas à publier sur 500px.

Un exemple de photo imparfaite que je me risquerais pas à publier sur 500px.


2 décembre 2012 : Voici un court mais intéressant entretien avec Hengki Koentjoro, un photographe indonésien que j’admire. Sa formation technique irréprochable lui permet aujourd’hui une maîtrise parfaite de son style bien à lui. Un regard qui meuble bien ma réflexion hasardeuse sur le sujet.

Je suis aujourd’hui le conseil d’un estimable collègue en publiant une photo de plus. Cette photo se veut un exorcisme à la haine. Celle qui, irrationnelle, peut amener un illuminé à brandir une arme contre une assemblée partisane, mais aussi celle qu’on juge à tort moins nocive. Je parle ici de la hargne verbale, des sophismes faciles, du cynisme agressif, toutes ces manifestations de haine quotidiennes qui transpirent de plus en plus ouvertement dans les médias sociaux et les tribunes téléphoniques, au Québec comme ailleurs, à l’endroit du politique et des politiciens.

Cette photo est dédiée à tous les parents qui tentent d’élever des enfants dans des valeurs de dignité et de respect, alors que le vulgaire envahit de plus en plus nos foyers par des canaux de communications ayant pourtant le potentiel d’élever l’humanité à la plus noble des compréhensions de l’autre. Un cliché photographique et quelques mots un peu vains pour tenter de contrebalancer la laideur chronique. La démocratie n’est pas un droit immuable pour dire n’importe quoi de n’importe qui. C’est une responsabilité civique. Un pacte social qui doit commencer par le respect d’autrui. Exorcisme, donc…

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité québécoise, vous n’ignorez sans doute plus que le Québec traverse une crise sociale sans précédent, depuis quelques mois. Je travaille dans une université, et plus précisément, au Bureau de la registraire, ce qui revient un peu à se tenir juste dans la périphérie de l’oeil d’un cyclone, en ce moment. Les étudiants cherchent légitimement des réponses à leur situation, dans tout ce chaos. C’est notre travail de les trouver.

Ceci explique en partie ma décision de modifier le rythme de mes publications, il y a quelques semaines, mais pas exclusivement. À dire vrai, je me demande par moments comment je faisais, il n’y a pas si longtemps encore, pour publier une photo par jour. Je ne sais trop où sont passées mes heures. Je ne visite plus vos blogues. Je ne publie presque plus rien. Et pourtant, j’ai constamment l’impression qu’il me manque du temps pour penser, contempler, rêver… Pour ne rien arranger, avec le printemps, ont refait surface les nécessaires travaux d’entretien domestiques, les compétitions de mon fils, les engagements divers.

Le débat social est devenu tel que toute opinion émise sur la question désormais attire une riposte immédiate. Il y a trop de tension partout. Trop de polarité. Trop de lieux communs, trop d’exemples pointus et hors contexte, dans les tribunes des médias sociaux, dans les opinions des chroniqueurs. Certains médias prennent un tel plaisir à publier leurs brûlots quotidiens que cela en devient presque criminel.

La semaine dernière, j’étais à Montréal. C’était le vendredi où la fameuse loi 78 a été déposée. Ce soir-là, je me suis retrouvé dans les manifestations. Un seul incident a été signalé de la soirée, très vite maîtrisé : un cocktail Molotov aurait été lancé. Il y avait des milliers de personnes dans les rues ailleurs dans la ville, qui défilaient pacifiquement. Dans l’ascenseur de mon hôtel, le lendemain matin, une télévision diffusait en boucle aux touristes américains des images du seul incident de la soirée. Les touristes regardaient cela religieusement. Je vous épargne ce que j’ai lu dans le très conservateur National Post ce jour-là. Le seul journal offert par cette chaîne hôtelière.

C’est dans ce contexte que je me surprends parfois à penser à Henri Laborit, et à son Éloge de la fuite. Avez-vous déjà vu l’excellent film Mediterraneo, de Salvatore? On y retrouve justement une citation de Laborit en prologue. C’est un peu ce qui me passe par la tête, quand j’entends certaines énormités assénées par les deux camps, dans la spirale des confrontations idéologiques. Heureusement, des voix nuancées émergent aussi. Des analyses constructives. Des idées positives, créatives, qui circulent et qui se multiplient.

Je rêve par moment d’un bon rosé bien frais, en pur état de grâce. Pas juste un rosé qu’on avalerait au terme d’une dure journée pour se détendre. Non, un vrai rosé, à déguster en épicurien, sous un parasol, avec un bon livre, sans devoir ni contrainte. Un authentique moment d’oubli. Un flou recherché. Le flou n’est pas toujours négatif. Pas en photo, du moins. Il encadre le sujet au net. Le met en valeur. Il adoucit la portée du regard et parfois même nuance les couleurs.

Je crois que je dégusterai ce rosé quand mon Québec aura retrouvé la paix. En attendant ce jour, il se passe quelque chose dehors. Il ne s’agit plus de revendications étudiantes.

Nul ne peut rester indifférent. Nul ne doit attiser la colère de l’autre.

Pour conclure cette série prise au MoMA, je vous propose quelques mots sur cette expérience particulière que peut susciter l’art moderne, en particulier dans le contexte d’un musée. Le regard cherche à apprécier l’oeuvre pour l’oeuvre, mais certains choix des curateurs finissent immanquablement par nous interpeller. C’est en partie l’effet recherché, mais encore faut-il prendre le temps de jouer le jeu…

À chaque fois que je visite un musée d’art moderne, j’entends au moins une personne sortir ce genre de commentaires lapidaires : « Peuh! Ma petite nièce de 5 ans fait mieux! Ça ne vaut même pas le prix du cadre! On veut rire de moi! Remboursez! »

Cette fois-ci, c’était un jeune français dans la vingtaine, dont l’agressivité des propos n’avait d’égale que la vitesse à laquelle il traversait les salles. Je crois que j’ai moi-même déjà dit de telles énormités la toute première fois que j’ai visité une exposition d’art moderne. Par la suite, j’ai lu quelques livres, visité quelques villes, suivi quelques cours…

Le jeune homme était si énervé que j’ai songé un instant l’arrêter pour lui suggérer de ralentir. J’aurais aimé lui expliquer que les artistes ont un cheminement et une démarche qui leur sont propres, mais ce, toujours au sein d’une évolution historique plus vaste et complexe encore. Autour de l’équation historique gravite aussi un chaotique système d’influences, mélange de contacts interpersonnels, d’écoles de pensées, de talent, de chance, d’alliances et de réseaux mercantiles, lequel système finit par attribuer à certains noms plus de valeur qu’à d’autres. Avoir quelques bases d’histoire de l’art est souvent nécessaire pour sinon apprécier, au moins comprendre l’évolution de sa définition, au-delà de l’esthétisme brut.

Bien sûr, je n’ai rien fait de cela, car je n’ai ni les connaissances requises ni la patience pour ce genre d’intervention pédagogique. J’avais surtout hâte qu’il déclare forfait et se dirige vers le MET afin de s’extasier devant les toiles de la Renaissance.

La première photo montre une guide du MoMA en discussion avec son groupe devant une œuvre de Joseph Kosuth intitulée Titled (Art as Idea as Idea) – The Word "Definition". Je me suis permis cette longue entrée en la matière, car c’était plus ou moins le propos de l’échange auquel j’ai assisté durant quelques minutes. L’art moderne exige de l’ouverture d’esprit, et parfois, il faut l’avouer, quelques explications.

Finalement, j’aurais peut-être dû retenir le jeune français devant ce groupe. La guide y faisait un excellent travail pour débroussailler les idées préconçues.

Les deux dernières photos montrent des visiteurs en réflexion devant une oeuvre d’Agnes Martin intitulée The tree. Ne cherchez pas l’arbre. À la rigueur, si vous tenez absolument à comprendre, suivez le lien pour lire les pensées de l’artiste au sujet de son oeuvre.

Les deux premières photos montrent une série que l’on peut qualifier d’oeuvre engagée. Intitulée Women’s House (Sunglasses), elle est signée par Sanja Iveković, une artiste et activiste féministe d’Europe de l’Est.

À des publicités montrant des icones de la mode sont apposés des témoignages de femmes au destin difficile, parfois même sordide. L’effet est puissant, mais aussi quelque peu didactique. Personnellement, je trouve l’approche trop manichéenne pour que je la laisse me soutirer une émotion sincère. Je comprends la cruauté, l’iniquité de ce que je lis. Je perçois aussi très bien la superficialité de l’image. La chimie toutefois ne s’opère pas. Je sens trop les ficelles du procédé. Je résiste. Pourtant, quelques minutes plus tôt, j’ai apprécié le propos d’une oeuvre similaire de cette même artiste.

Je me dis que je ne suis sans doute pas le public-cible. Ou au contraire, peut-être que si, justement. Alors, pour tenter de comprendre, je me mets à observer comment le message est perçu par d’autres autour de moi.

Je suis surpris par le nombre de visages sévères qui m’entourent. Le sérieux du sujet semble dicter à toutes et à tous une attitude solennelle de rigueur, tandis qu’ils prennent le temps de lire les textes un à un. Sans vouloir douter de la sincérité de ces gens, je soupçonne que nous nous influençons les uns les autres dans de telles situations, par un effet d’entraînement. Au même titre qu’un rire entraîne une cascade de sourires, il suffit de deux ou trois personnes au regard froncé devant une oeuvre pour qu’aussitôt, la salle au complet se mette à afficher une morgue de circonstances. Ou alors, tout simplement, peut-être que l’oeuvre les a mieux rejoints que moi.

En ce qui concerne la dernière photo, j’étais fasciné par ce duo de vieux messieurs dépareillés. Le plus grand des deux devait faire pas loin de 6 pieds 8. Ses mains étaient gigantesques, et même en se tenant courbé comme il le faisait, il dépassait tout le monde dans la salle d’une bonne tête. Son ami, à ses côtés, était au contraire beaucoup plus petit que la moyenne. La photo ne rend malheureusement pas le contraste aussi bien que l’ai perçu. J’étais néanmoins touché par la connivence et le respect qui semblait exister entre eux, tandis qu’ils déambulaient en échangeant sur les oeuvres.

Un homme assis seule à l'extrême droite d'une longue série de chaises Bertoia

J’ai pris bon nombre de photos partout où cela était permis, au MoMa. La cour intérieure, nommée The Sculpture Garden, est l’endroit où j’ai trouvé les meilleures conditions lumineuses pour m’amuser. Comme son nom l’indique, on y retrouve une vingtaine de sculptures de grands maîtres du XXe siècle, mais aussi, des arbres, des fontaines et des surfaces réfléchissantes judicieusement agencées en fonction de la portée du soleil. Je publierai prochainement quelques exemples de cet heureux mariage entre la nature, l’art et le design architectural.

À propos de la photo

Lorsque vous faites face à une multitude d’options similaires, êtes-vous du genre à opter pour les extrémités ou préférez-vous choisir quelque part au milieu? Imaginez-vous faisant face à une rangée d’urinoirs libres (ou de toilettes, pour ces dames), de portes vitrées toutes semblables, ou encore, comme sur la photo, d’une longue série de chaises Harry Bertoia (600 $ à la boutique du MoMA, 540 $ pour les membres!).

Pour cet homme, le choix était limpide : la première (ou la dernière, c’est selon) chaise de la série, bien sûr. C’est du moins ce que je pensais jusqu’à ce que mon fils émette l’hypothèse que l’homme est peut-être arrivé à un moment où toutes les autres places étaient prises. Il s’est assis là, puis tout le monde s’est levé peu de temps après, le laissant seul au bout de la rangée. Vu ainsi, j’avoue…

Dans mon cas, j’ai observé que quoi que je fasse, lorsque confronté au choix de la porte, je prends systématiquement la seule porte fermée du lot. Ou alors, je tire, mais il fallait pousser. Pour les urinoirs, je vais garder ma réserve.

Des gens qui contemplent la ville du haut du Rockefeller Center

Le Rock en question dans le titre est le Rockefeller Center, dont la tour GE, avec sa hauteur de 259 mètres, est le point culminant. À son sommet, une plate-forme d’observation nommée Top of the Rock constitue l’une des grandes attractions de New York. Petit conseil : si vous aimez les musées, combinez l’achat de vos billets avec celui d’une visite au MOMA, juste à côté. Vous ferez d’intéressantes économies avec ces forfaits.

Notre hôtel étant situé juste en face du Rockefeller Center, nous ne pouvions manquer cette visite touristique par excellence. Nous nous sommes même offerts un coucher du soleil, tel que recommandé par notre guide de poche. Le sourire béat de satisfaction de l’homme sur la photo est à l’image de celui que j’ai arboré durant les quelque quarante minutes que nous avons passées là-haut. Bien entendu, j’ai aussi pris plusieurs dizaines de photos, dont je compte bien vous proposer quelques échantillons demain.

Les photos souvenirs

Cette attraction et les photos assez conventionnelles (quoique spectaculaires) qu’on peut y prendre ramènent à ma mémoire quelques anecdotes.

Vous est-il déjà arrivé de vous faire interpeller pour prendre une photo souvenir d’un couple devant un monument? Personnellement, cela m’arrive au moins une ou deux fois par jour, quand nous sommes en vacances dans des lieux touristiques. En réalité, c’est toujours à ma conjointe que l’on fait la demande, car elle est plus agréable à approcher en public. Moi, on ne me voit pas : j’ai le visage caché par mon appareil. Alors, en leur adressant un beau sourire, elle me désigne et leur explique que c’est moi le photographe qu’ils recherchent. Il est trop tard pour fuir…

Lorsque je m’exécute, deux pensées me viennent à l’esprit.

1. Comment diable fonctionne cet appareil?!?
Presque toujours, l’appareil est en mode automatique, avec un réglage ennuyeux comme un flash inutile et impossible à fermer qui se reflète dans une vitre, ou encore une mise au point névrosée qui se concentre sur un pigeon en avant-plan.

2. Quelle est leur conception d’une photo souvenir réussie?
Là, je me pose plein de questions sur le cadrage souhaité (serré ou large?), l’angle, etc., et je me rends vite compte que je suis un touriste à qui on a demandé de prendre une photo de touriste. Point barre! Alors j’essaie de laisser mes interrogations métaphysiques en coulisses et je m’efforce de capturer cet instant de bonheur qu’ils souhaitent immortaliser. Le drame, c’est que je ne vois jamais le résultat autrement que sur leur minuscule écran une fraction de seconde. Souvent, j’estime la photo ratée, mais les gens semblent très satisfaits, alors je n’insiste pas.

Nos parcelles d’âme éparpillées de par le monde

Quand je visite des lieux touristiques, il se trouve immanquablement un moment où je me fais aveugler par le flash d’un appareil photo. Je tourne la tête et constate que je viens de passer dans le cadre d’une photo. Alors je me dis que mon image, avec peut-être une parcelle de mon âme, selon certaines croyances, vient d’être capturée par ce couple de japonais, ce groupe d’étudiants allemands, ou cette famille togolaise.

Dans quelques jours, ils montreront leurs photos à leurs amis et à leur famille, dans leur maison à l’autre bout du monde, et mon reflet sera là avec eux, figurant intégré dans le décor de leurs souvenirs. Sur combien de photos d’inconnus apparaissons-nous ainsi à notre insu, témoins anonymes d’un moment souvent heureux de leur vie?

Cette idée me hante, mais rassurez-vous, elle ne m’empêche pas de dormir.

Prenons une petite pause de New York pour revenir en Estrie, que nous avons tentée d’explorer hier par les sentiers de traverse. Je suis revenu dégouté de cette expédition. Nous avons pris la voiture, et tenté de partir au hasard des carrefours, en direction du Mont Orford. Une fois sur deux, je décidais si nous allions à gauche ou à droite, et l’autre, c’était au tour de ma conjointe. L’idée était de tenter de découvrir l’accès à de nouveaux sentiers, au hasard des détours, puisque nous avons pas mal fait le tour des lieux publics connus. Nous ne cherchions qu’un simple accès libre à des terres, une montagne, une rivière…

Nous avons roulé trois bonnes heures ainsi. Nous nous sommes retrouvés dans des endroits si reculés que les routes étaient devenues des pistes de terre remplies de cratères. Et durant ces trois heures, jamais nous n’avons pu nous arrêter pour abandonner la voiture et partir légalement à l’aventure à pied. La raison est simple : chaque parcelle de territoire du Sud du Québec où j’habite est désormais cadastrée, clôturée, en développement et privatisée. Partout, des affiches PASSAGE INTERDIT, PRIVÉ, INTERDICTION DE TRÉPASSER (ici, je me permets un peu de créativité avec le bilinguisme).

Parfois, nous avons traversé les terres du parc national du coin ou des sentiers organisés, mais là, c’était notre chien qui était animalia non grata, même en laisse. Partout, nous nous sommes heurtés à des interdits, des barbelés, des chaînes, des avertissements, des regards méfiants. Les photos que je publie aujourd’hui ont été prises en fin de journée, dans une direction complètement opposée à celle que nous avions prise initialement. Il s’agit du parc du moulin, à Windsor. Superficie : un demi-hectare, au plus. J’ai découvert l’endroit par hasard cet hiver, et j’en avais publié quelques clichés en février dernier. Je m’étais promis d’y revenir au printemps, pour capturer les crues.

Même là, il m’a fallu passer sous une clôture pour prendre certaines photos, et aussitôt la limite franchie, une voiture de Service d’incendie de la municipalité est venue s’immobiliser pour observer ce que je trafiquais. Elle n’est repartie qu’une fois que je suis repassé du bon côté de la clôture. Je ne sais trop quoi penser de tout ceci. Je comprends surtout que si je veux photographier la nature sans m’inquiéter des actes de propriété, j’ai intérêt à économiser pour me payer un voyage soit très au Nord, soit à l’autre bout du monde. Parce qu’en Estrie, on peut oublier la liberté de circulation. Elle a été rachetée depuis longtemps, au même titre que l’âme de ce pays.

Je reviens d’un court séjour à New York, où j’ai pu me rendre à l’évidence que je ne suis pas un vrai street photographer.

Je constate d’ailleurs que je ne suis pas plus un véritable paysagiste, et encore moins un portraitiste. En ce moment, je me considère au mieux un amateur dévoué, mais sans genre de prédilection. Je m’interroge cependant parfois sur mes intentions, en tant que photographe amateur. Bien sûr, je souhaite continuer à m’améliorer. J’aime apprendre à maîtriser de nouvelles techniques, découvrir leurs résultats, et par la suite pouvoir les reproduire quand les situations se présentent. La formule de la publication quotidienne m’astreint à un rythme soutenu qui a ceci de bon que je ne peux jamais me laisser aller à la paresse. En même temps, la tentation de se mettre sur le pilotage automatique est toujours présente. Le prix à payer reste qu’il m’est difficile de travailler sur des concepts à long terme, ou de développer un style ou un genre en particulier.

Durant mes heures de détente, dans notre chambre d’hôtel, j’ai notamment lu les théories de Thomas Leuthard, un street photographer assez populaire dans la blogosphère par les temps qui courent, ainsi que celles d’Eric Kim.

L’approche de ces photographes a ceci d’intéressant qu’ils se sont adaptés aux réalités des communications modernes pour exercer et diffuser leur art. En revanche, ce qu’ils proposent n’est pas pour tout le monde, et génère des réactions parfois houleuses auprès de certains puristes. Je ne souhaite pas embarquer dans ce type de débat, et préfère me contenter de tester ce qui, de leurs conseils, me semble le mieux adapté à ma nature. J’estime qu’ils ont le mérite de faire réfléchir. Reste toujours à savoir trouver sa distance, sa propre zone de confort, et surtout, ne pas se mentir sur ses véritables motivations à vouloir prendre une photo.

Pour en revenir à mes lectures new-yorkaises, on retrouve dans le ebook de Thomas Leuthard, Going candid, une référence à un texte du photographe finlandais Arno Rafael Minkkinen, The Helsinki Bus Station Theory. Cette théorie évoque l’importance pour un artiste de toujours persévérer dans le genre et le style de son choix, s’il espère pouvoir se démarquer de ses prédécesseurs. L’idée a du vrai, il faut l’admettre, et demeure valide pour toute démarche artistique. Seul le travail constant des nuances permet de développer une griffe unique. Ce que ce maître recommande est ni plus ni moins de ne pas s’éparpiller, de toujours raffiner son créneau, et de ciseler tel un orfèvre ses petites découvertes jusqu’à l’aboutissement d’une signature.

Et voilà où je me retrouve ces temps-ci, à me demander si je ne devrais pas me spécialiser, ou si au contraire je vais à jamais pouvoir me contenter de rester un amateur touche-à-tout. Je n’ai pas encore trouvé de réponse à cette question. Je ne suis pas non plus pressé d’en trouver une, car mon mode de vie me convient actuellement très bien. À vrai dire, cette lecture a quand même eu le mérite de me permettre de verbaliser un questionnement qui me taraude depuis longtemps, et qui tend à refaire surface à chaque fois que j’ai quelques jours de liberté devant moi. Si ce n’étaient des contraintes domestiques et professionnelles, est-ce que je choisirais une voie différente?

Question vaine, à vrai dire. Pour l’heure, je reste un amateur touche-à-tout qui, lorsqu’il gagne sa vie, a rarement le temps de se poser de telles questions.

À propos de la photo

J’ai suivi ce duo de personnages casqués quelques minutes alors que nous remontions la promenade du High Line. Ils avançaient avec leurs appareils électroniques, documentant en symbiose tout ce qu’ils voyaient. Ils avaient un fort accent européen, sans doute allemand. J’ai pensé à Kraftwerk pour l’accent, et à Devo pour le port du casque. Et il y avait cette formidable pub géante en jaune, qui proposait un service de stationnement, en arrière plan.

À l’origine : Mandibules

Durant quelques années, soit entre 1997 et 2002 approximativement, j’ai entretenu dans l’Internet un modeste mais résilient projet expérimental intitulé Mandibules. Les services intégrés tels que WordPress ou autres CMS n’existaient pas, et chacun devait se débrouiller par ses propres moyens pour bâtir son univers virtuel. Il y avait une véritable effervescence de créativité encore à la portée de quiconque était prêt à y consacrer un peu (beaucoup) de temps. Flash était l’environnement de prédilection.

À l’époque déjà, on me demandait : mais pourquoi Mandibules? Je n’avais pas de réponse précise à cela. C’était le premier nom qui m’était venu à l’esprit au moment de choisir mon URL. Sans doute en souvenir d’un personnage d’une émission pour enfants de ma jeunesse. Peut-être parce que j’aime les insectes. Pour ne rien arranger, je publiais des poèmes et des nouvelles dans mon site sous un pseudonyme. La confusion était totale, et je l’entretenais volontiers. L’objectif était de bien séparer ma carrière de mes délires sur l’Internet.

Tout ce que j’apprenais la nuit en développant mon site me servait le jour, alors que je gagnais ma vie comme chargé de comptes dans le milieu de la communication. Tous mes clients voulaient avoir leur propre site Internet, et il m’était utile de connaître les rouages internes, au delà des concepts de base. J’ai tenu mon site à bouts de bras quelque cinq années, durant lesquelles j’ai énormément appris. Mes publications et la navigation étaient proposées en français et en anglais. Je faisais tout par moi-même, de la programmation HTML et Flash aux textes et images, en passant par la gestion de l’hébergement et la promotion.

Évolution graphique

Les captures d’écran que je vous propose ici soulignent l’évolution graphique et conceptuelle des trois dernières années de Mandibules (de fin 1999 à fin 2002). Je n’ai malheureusement pas conservé les versions antérieures, qui d’ailleurs ne furent pas publiées sous cette adresse.

Utilisez les flèches ou les pastilles pour explorer la galerie de photos.

Vers la fin du projet, soit en 2002, je m’étais donné le défi de publier un montage multimédia par jour, c’est à dire une animation en Flash, souvent avec effets sonores et visuels. Je consacrais en moyenne deux à trois heures par soir à mon projet. J’ai tenu ce rythme six mois. Mes obligations professionnelles et familiales prenant de l’ampleur, j’ai fini par perdre l’intérêt. Il me semblait que j’avais fait le tour de la question. Je plafonnais, pire, je me répétais, en même temps que l’on devinait un certain essoufflement du mouvement qui m’inspirait, dans la communauté expérimentale. Les artisans se mobilisaient en studios, tandis que les gros joueurs prenaient une place croissante sur le web. J’étais fatigué. Mon temps consacré à la programmation et au design l’emportait de plus en plus sur celui consacré à la création de contenus originaux. Bref, la forme était en train de devenir mon propos. Mon fils grandissait, ma carrière prenait un second essor… Sans trop de regrets, j’ai décidé d’abandonner Mandibules, qui s’était pourtant taillé une petite place appréciable dans le monde du web émergent. Mon silence radio a duré près de sept ans.

La maturité de WordPress

L’envie de me remettre à l’auto-édition m’a vraiment repris en 2009. Je me suis acheté un appareil photo plus sérieux, et surtout, j’ai pu constater que les outils avaient considérablement évolué. Les services tels que WordPress garantissent désormais une expérience pratiquement libre de tout souci technique. Nous pouvons nous consacrer entièrement à ce que nous avons à dire, tout en pouvant à loisir personnaliser notre blogue, et ce, sans trop d’investissements techniques.

Pour en revenir à la question en titre de ce billet, une partie du nom m’est venue parce qu’au moment de choisir mon URL, j’étais en train de lire un (excellent) roman de William Gibson, Pattern Recognition. Des années auparavant, j’avais beaucoup apprécié, du même auteur, le roman Neuromancer. Certains volets de Mandibules se voulaient d’ailleurs en partie d’influence cyberpunk, un sous-genre né de ce roman. Voilà pour la première partie du nom. Quant au « bancal », il est un peu plus complexe à justifier.

Le déséquilibre comme mouvement perpétuel

Nombre d’entre nous entretiennent de front, en plus de leurs vies familiale et professionnelle, un hobby, une passion, la pratique d’un art ou d’une discipline sportive. Souvent, nous ignorons que cette informaticienne experte que nous côtoyons est aussi une musicienne réputée, ou encore que cet autre collègue voue ses week-ends à fabriquer des meubles. Chacun semble cultiver ses passions et intérêts plus ou moins en secret, comme s’il se sentait un peu coupable de ne pas consacrer la totalité de ses énergies à sa carrière ou à sa famille. Attention : ce dernier commentaire se veut plus une projection qu’un jugement. Il existe bien sûr mille raisons valables de ne pas crier sur les toits ses activités extra-professionnelles, à commencer par le fait qu’on est au travail pour… travailler, ou encore par simple discrétion.

Jeune homme sortant de l’université, j’aspirais comme beaucoup à mener une vie de bohème, ce qui heureusement pour moi n’a pas duré. La chanson n’est ni nouvelle, ni originale. Je dis heureusement parce que j’ai appris à me connaître. Trop libre, on tend à s’éparpiller. Les contraintes ont ceci d’utile qu’elles nous forcent à agir et réagir, à canaliser et diriger nos choix. Longtemps, j’ai tout de même été déchiré entre mes passions, mes rêves, mes sources de revenu, et mes factures. Vous aurez compris à ce stade le «bancal» de Neurobancal…

Neurobancal, donc, parce que je crois que ce mouvement perpétuel généré par la quête d’équilibre est souhaitable. Nécessaire, même.

Aujourd’hui, je pense avoir mis le doigt sur la bonne combinaison. Mon côté cartésien a trouvé une niche idéale dans mon travail de gestionnaire, tandis que mon côté artistique se plaît à refaire surface dès que j’ai quelques heures de libre. J’ai mis plus de vingt-cinq années de vie active pour en arriver là. Quant à la culpabilité que j’éprouvais à mes débuts, celle de ne pas consacrer toutes mes énergies à une vocation unique, je l’ai apprivoisée par le raisonnement suivant : travail et art se nourrissent l’un de l’autre, chacun apportant sa part d’apprentissages utiles dans l’autre sphère d’activité. Il s’agit surtout d’être patient, car le chemin peut sembler deux fois plus long… si encore il doit avoir une fin.

Si vous avez réussi à lire ceci jusqu’au bout, je suis curieux de connaître votre cheminement. Avez-vous trouvé votre rythme? Au prix de quels compromis? Si vous tenez un blogue et que ce billet vous inspire, partagez donc votre histoire en mettant un lien dans la section des commentaires vers votre propre billet sur ce sujet. Sinon, écrivez-moi, ou laissez un commentaire ci-après.

Certains de mes collages et photomontages de l’époque Mandibules sont encore visibles dans Neurobancal, sous le mot-clé Archives Mandibules.

C’est une règle simple à suivre, surtout dans des sports tels que le kayak de rivière, ou même les arts martiaux. Ces deux activités ne semblent avoir aucun rapport, mais pour les avoir pratiquées toutes deux, je vous assure qu’il existe un lien. En kayak, on doit anticiper comment contourner les obstacles tout en se faisant projeter vers eux par le courant. Dans les arts martiaux, on anticipe les coups en s’adaptant aux mouvements de l’adversaire. Ce ne sont que deux exemples, mais il existe une multitude de situations où savoir suivre le mouvement est essentiel. Il est vain de lutter contre un courant plus puissant que soit, sauf parfois brièvement, et alors seulement dans le but de se placer dans le bon axe.

En fait, je ne sais trop pourquoi je suis parti sur ce délire mystique. Peut-être suis-je en train de me rappeler cette règle parce que je sais que j’ai encore trop tendance à l’oublier dans mon quotidien. Peut-être plus simplement que la vue de cette photo me donne envie de me racheter un kayak.

Quotidiennement, on passe à proximité d’endroits dont on ne soupçonne pas l’existence; une sorte de dimension cachée que seul un changement radical de perspective peut nous permettre de découvrir. Les dessous des ponts et des viaducs font partie de ces lieux.

J’ai trouvé celui-ci après que mon regard ait été attiré par un torrent discret que je venais de franchir, dans le coin de Windsor. Je me suis arrêté sans trop réfléchir. Tout d’abord, j’ai concentré mon attention sur le cours d’eau, bucolique à souhait. Ensuite, je me suis tourné vers le pont, où m’attendait ce paysage digne d’un film de science-fiction. Le graffiti, parfaitement adapté au reste du décor, me rappelle un peu le style de l’artiste Philippe Druillet.

J’ai en réserve quelques autres photos assez intéressantes des alentours (dont une du torrent), mais je vous propose de poursuivre leur découverte demain.

Hier, je me suis offert quelques heures d’évasion en compagnie de mon chien, dans la forêt voisine. Au lieu de traîner mon grand angle comme je le fais toujours quand je sors en forêt, j’ai choisi ma 35 mm, qui devient une 50 mm sur mon appareil DX. Autrement dit, un angle neutre, très standard. Sans trop m’en rendre compte au début, mon regard a aussitôt changé. Au lieu de considérer la forêt dans sa grandeur, je me suis mis à chercher les détails : ici, les cicatrices dans l’écorce d’un arbre, là, une souche isolée… J’ai pris notamment de nombreuses photos de champignons arboricoles couverts de neige. Avant de vous montrer le résultat de cette récolte visuelle, je vais laisser décanter un peu tout cela. À la place, je vous propose cette étrange flore de glace.

Alors que nous étions en Charlevoix durant les vacances de Noël, nous sommes partis marcher le long du fleuve, à Baie-Saint-Paul. C’est ainsi que nous avons découvert par hasard l’Accalmie, une vieille goélette que nous avions déjà aperçue quelques années plus tôt, à un autre emplacement à Baie-Saint-Paul. Le navire paraissait avoir souffert des grandes marées d’automne, mais il semblerait qu’un projet de restauration soit toujours dans les projets de son propriétaire.

Cela fait quelques semaines que je réfléchissais au traitement à donner à ces photos. Ce dimanche matin, confortablement installé dans mon salon avec ma famille, je me suis amusé à en retravailler quelques unes sur le iPad avec le logiciel Snapseed. L’intérêt du iPad (ou des tablettes en général), est qu’il nous affranchit de toute contrainte au regard du lieu. Adieu chaise et bureau. On peut désormais créer numériquement n’importe où, et surtout avec les doigts, comme si c’était de la peinture.

L’Accalmie est bateau très coloré, et l’environnement où il était échoué était très blanc, avec des teintes de gris-bleuté. Le contraste était intéressant, mais justement un peu trop prononcé pour ma palette de choix actuelle. Finalement, l’évidence m’a ramené vers le sépia, même si je craignais un peu le côté cliché : un bateau ancien échoué, en sépia… Déjà vu! Finalement, je ne suis pas mécontent du résultat. J’ai choisi une photo avec deux silhouettes, pour vous donner l’échelle. Demain, vous verrez les vraies couleurs de l’Accalmie. Un de ces jours, je compte bien publier une galerie de cette série.

Dans le cadre d’un de mes premiers emplois de jeunesse, pour un festival d’art, j’avais parfois cette attitude ado qui agaçait au plus haut point mon quinquagénaire employeur anglophone. Le matin, il me faisait l’inventaire de mes tâches, et vu le peu d’expérience que j’avais, ses ambitions me semblaient presque insurmontables. Devant ma mine parfois sceptique, mon patron répétait toujours la même phrase, comme une sorte de mantra : If it was easy, we wouldn’t want to do it (si c’était facile, on ne voudrait pas le faire). Je l’entends encore dans ma tête, à l’occasion. D’année en année, depuis cette époque, mes responsabilités professionnelles ont pris de l’ampleur. Elles ne se sont certes jamais simplifiées, même si j’ai toujours eu le choix de suivre des voies plus faciles. Le bougre avait raison.

***

La route sur la photo donne l’illusion d’être droite, mais un panneau au loin suggère un changement de cap à l’horizon. Elle est aussi crevassée de nids de poules et sa surface est constituée d’une glaise glissante à souhait. Les nuages au-dessus, pour autant menaçants qu’ils semblent, ne produiront finalement aucun éclair, ni pluie.

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