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Une photo quotidienne ou plus, par Nicolas Grandmangin

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Une canalisation de pierre d'où s'écoule un ruisseau

Je suis assez content du résultat, car je cherchais un angle d’où l’on verrait cette lumière qui perce, de l’autre côté de la canalisation. Pour prendre la photo, j’ai dû attacher mon chien à un arbre avant de m’avancer sur des pierres au milieu du cours d’eau. Mais n’allez pas vous imaginer une autre situation périlleuse : au plus, il y avait 10 centimètres d’eau là où je me trouvais…

Un trépied s'avère aussi fort pratique pour composer des autoportraits, ou encore pour combiner des prises de vue.

Hier était ma dernière journée de vacances. Une vraie journée de liberté juste à moi, sans obligation aucune, ni familiale, ni domestique, ni professionnelle, ni même morale, à part sortir le chien, peut-être. Naturellement, j’ai voulu en tirer profit au maximum en prenant des photos. Malgré le froid intense, il me fallait finir en beauté, aussi ai-je pensé que l’occasion était idéale pour tester mon nouveau gadget, un petit accessoire que certains d’entre vous connaissez sûrement, surtout les paysagistes : un filtre ND (Neutral Density). Cela faisait longtemps que j’y pensais, seulement, je n’en voyais pas vraiment l’utilité jusqu’ici, compte tenu de mon approche photographique. Je m’explique. J’ai médité là-dessus toute la journée, alors aussi bien tenter de coucher cela par écrit.

Lumière et temps

La photographie est tributaire de deux facteurs complémentaires : la lumière dans tous ses états, et le temps. L’individualité artistique qui se dégage de chaque photo est notamment la résultante d’une combinaison arrêtée de temps et de lumière, parmi d’innombrables variables possibles. Bien sûr, on doit encore considérer de nombreux autres aspects tels que l’environnement, le déplacement du photographe dans celui-ci, l’inertie ou les mouvements du sujet, et j’en passe. Tous ces facteurs entrent en ligne de compte, quand on utilise un filtre ND, car leur utilité première est de permettre des expositions plus longues en pleine luminosité. On peut souhaiter cela pour une multitude de raisons, comme par exemple capturer le mouvement, ou encore l’effacer complètement. L’utilisation d’un trépied s’avère alors indispensable pour immobiliser l’appareil. Personnellement, je n’utilise presque jamais de trépied, sauf pour les photos d’insectes en macro. Je possède pourtant un excellent Manfrotto, mais je n’ai juste jamais le loisir de m’encombrer d’un tel fardeau quand je sors. Avoir un trépied signifie, à mes yeux, prendre son temps, chose que j’ai trop rarement l’occasion de pouvoir me permettre.

Depuis des années, je pose mes choix photographiques en fonction de mon rythme de vie et du peu de temps libre dont je dispose pour exercer ma passion. Mon équipement a été choisi en fonction de cela : portabilité, instantanéité, rapidité. Les diaphragmes de mes lentilles sont plus souvent qu’autrement ouverts, afin de me permettre d’augmenter ma vitesse de capture et d’ainsi prendre mes photos rapidement, à main levée. Certaines de mes lentilles sont même pourvues d’une fonction VR, qui réduit l’effet des vibrations à basses vitesses. Je suis loin de faire dans le photojournalisme d’action, mais je dois admettre que je suis une personne un peu trop pressée à mon goût. La qualité de mes photos s’en ressent d’ailleurs souvent, et c’est pourquoi il m’arrive de devoir compenser en post-production. Sans doute que si je prenais plus de temps à mieux préparer mes photos, j’en perdrais moins sur l’ordinateur à corriger mes erreurs, mais je réfléchirai à cela plus tard.

Ralentir le temps… ou pas

Aujourd’hui, j’ai donc décidé de me faire plaisir et d’essayer de ralentir un peu, quelques secondes à la fois, simplement en réduisant mes temps d’exposition avec mon nouveau filtre. J’ai enfilé plusieurs couches de vêtements, mon gros duvet d’oie, des gants de laine dans des mitaines, et je suis sorti affronter le froid. Il faisait -20°C, mais à l’ombre, dans la brume humide des chutes que je suis allé visiter, c’était autrement plus glacial. Malgré toutes ces précautions, j’ai vite eu le bout des doigts gelés.

J’ai ainsi pris quelque deux cents photos en quelques heures, mais à ma décharge, j’ai pratiqué le bracketing pour tester les meilleures combinaisons d’exposition avec le filtre. J’opérais vite, et pourtant, j’avais l’impression que le temps s’écoulait différemment autour de moi : à la fois plus lent que d’habitude, mais encore trop rapide. Une petite voix ne cessait de me rappeler que c’était ma dernière journée. À partir de demain, il ne me resterait plus que quelques heures par semaine, le plus souvent les dimanches, pour sortir mon appareil. Alors malgré le poids du trépied, j’ai fait ce que je fais trop souvent quand je prends des photos : je me suis encore dépêché. Voici à quoi ressemble la journée d’un homme dont les dernières heures de liberté sont comptées.

Une journée bien remplie

Après un déjeuner en ville avec ma douce, je suis d’abord parti explorer les rivières du centre-ville. Le filtre ND est particulièrement intéressant pour capturer le mouvement de l’eau, alors il me fallait des rapides, comme ceux de la gorge de la rivière Magog. Sitôt mon équipement prêt, je me suis mis au travail à un rythme soutenu. Je prenais une série de photos, puis je pliais le trépied sans même en retirer l’appareil, et je me déplaçais rapidement vers un autre endroit. J’ai ainsi fait le tour des sites que je voulais visiter au centre-ville en une moins d’une heure et demie. Par la suite, j’ai pris la voiture et j’ai roulé une vingtaine de kilomètres pour aller explorer un autre coin que je ne connaissais pas, du côté de Windsor. Vers midi, je suis revenu dîner à la maison et sortir le chien pour sa promenade. Nous sommes partis, le chien et moi, et bien entendu, j’ai profité de l’occasion pour aller prendre d’autres photos du côté du barrage de la rivière Magog, près de la 410, toujours avec mon trépied sous le bras… J’ai même trouvé le temps après d’aller chercher un livre de l’excellent carnettiste Guy Delisle que je m’étais fait venir chez le libraire. De retour à la maison, j’ai mis un poulet au four, j’ai transféré mes cartes mémoire dans Aperture, j’ai rédigé le présent texte, le soleil s’est entre temps couché, et je vais maintenant aller chercher mon fils à l’école… Ouf!!! Ai-je mentionné que c’était ma dernière journée de vacances?

L’histoire derrière la photo

Je conclus avec une anecdote à propos de la photo du jour. Le trépied permet aussi de faire des autoportraits avec télécommande. Pour tester le filtre, je m’étais aventuré sous divers ponts et viaducs du centre-ville, à la recherche d’eau en mouvement. Ce sont des lieux que peu de personnes ne visiteront jamais, à l’exception des adeptes du graffiti, des itinérants, des pêcheurs urbains, et des occasionnels jeunes en mal de sensations. Justement, alors que je remballais mon équipement après avoir pris cette photo, un homme assez massif, dans la vingtaine et avec une démarche un peu trop déterminée, a surgi de nulle part, depuis le coin droit sur la photo. Nous nous sommes brièvement dévisagés, puis aussitôt ignorés. Sans perdre un instant, il a entrepris de rassembler des canettes de peinture aérosol qui trainaient alentours, ainsi que des bouts de bois et de ferraille épars, pour en faire un tas dans un foyer éteint. Alors que je prenais une photo un peu plus loin, j’ai entendu un bruit de bouteille cassée. Cela m’a d’autant plus saisi que d’ordinaire, je m’efforce d’affecter le moins possible les lieux que je photographie, aussi dégradés soient-ils. Bien déterminé à ne laisser personne gâcher cette journée, j’ai préféré promener mon trépied ailleurs…

À partir de demain, mes publications devraient redevenir plus sobres. J’ai tout de même engrangé quelques bonnes prises aujourd’hui, que vous pourrez découvrir à mesure que je les traiterai, dans les prochaines semaines.

Le titre est un clin d’oeil à la chanson 1990, de Jean Leloup (il disait plutôt “l’heure”). C’était il y a 22 ans donc, et il me semble que cette antenne date au moins de cette époque. Les habitués du bois Beckett la reconnaîtront peut-être.

J’ouvre l’année 2012 en sépia, et il se pourrait même que cela dure un certain temps… ou pas. Disons que je viens de travailler sur une série d’une trentaine de photos récemment prises dans la grisaille de décembre, et il s’avère que le traitement leur a donné une seconde vie étonnante. D’ailleurs, attendez-vous à quelques évolutions sur Neurobancal dans les prochaines semaines. Je vais y revenir plus en profondeur, mais tout d’abord, finissons nos vacances, d’accord? Je vous souhaite une splendide année 2012. Et aussi, mille mercis pour votre intérêt.

Sherlo est le nom du renard mascotte des équipes sportives de mon université, l’Université de Sherbrooke. Hier matin, en prenant mon café, j’ai aperçu un renard dans le bois derrière chez moi. Mon chien l’a également senti, et j’ai vu des traces juste au bout du terrain. J’ai bien tenté de prendre ce renard en photo, mais cela ne s’est pas produit. Beaucoup de traces, mais point de goupil. En revanche, je me suis souvenu que j’avais justement pris des clichés de renards en 2009. Une famille, mère, je présume, et rejetons ados, avait élu domicile sous le stade d’athlétisme où mon fils s’entrainait tous les matins. Ce dernier les avait observés et m’en avait parlé. Un matin, en le reconduisant à son entrainement, j’ai eu la bonne idée d’apporter mon appareil photo. J’ai tout de suite trouvé la mère en train de dormir à l’ombre, au sommet d’une pile de tapis d’herbe synthétique. Pendant que je la prenais en photo, j’ai senti une présence dans mon dos. Je me suis retourné juste à temps pour voir un des jeunes qui passait à une dizaine de mètres de moi en trottant doucement, pas du tout inquiété par ma présence. Un peu plus tard, un autre jeune (ou était-ce le même?) est allé se dégourdir les pattes sur la piste d’athlétisme, avant d’aller rejoindre sa famille au soleil.

Les animaux semblent faire consensus, si j’en juge par l’engouement qu’a provoqué la publication des photos du harfang hier. Aussi, je vous propose cette petite sélection animalière pour conclure cette curieuse année que fut 2011… Presque aussi curieuse que ces renards. Permettez-moi ainsi de nous souhaiter une année de rapprochements positifs et de bonheurs simples à saisir.

Il faisait un froid cinglant, mais nous sommes quand même sortis promener le chien autour du Lac des Nations. J’ai si souvent photographié cet endroit que j’ai même hésité un instant à y traîner mon lourd appareil. Et puis après, on ne sait jamais ce qui pourra nous surprendre. Justement, alors que nous longions la rive du côté du parc, non loin du stationnement, j’aperçois la silhouette d’une espèce de hibou. Au début, je pense que ce doit être un de ces leurres que l’on voit parfois sur les quais pour faire fuir les mouettes, sauf que celui-ci tourne sa tête et me regarde fixement. Il n’a pas l’air farouche. Tout de même, un oiseau de ce genre en pleine ville, en plein jour, ce n’est quand même pas habituel. Je m’avance un peu, en prenant des photos. J’espère qu’elles seront bonnes, car j’ai de gros gants et des lunettes de soleil qui m’encombrent.

En approchant, je crois voir une de ses ailes étrangement positionnée. Il est peut-être blessé? Mieux vaut en avoir le coeur net, car avec tous les chiens qui passent par ici… Ma conjointe d’ailleurs retient le nôtre en laisse, à bonne distance. Je fais quelques pas de plus, et soudain l’oiseau s’envole, abandonnant derrière lui ce que je pensais être son aile brisée. En réalité, il s’agissait de la carcasse de son repas, un goéland. Il est allé se poser un peu plus loin sur la glace, pour surveiller sa perte. Deux corneilles sont alors venues tournoyer au-dessus du rapace, qui n’a pas semblé très impressionné, mais qui, finalement, a quand même choisi de s’éloigner encore plus loin, vers le milieu du lac. La suite de cette histoire a même fait l’objet d’une nouvelle sur le site de Radio-Canada Estrie hier en fin de journée… et elle n’est pas banale non plus.

Voilà deux jours que je suis plus ou moins cloué au lit par la grippe. Ceci pour dire que mon regard est actuellement confiné à mon univers immédiat. En l'occurrence ici, ma vue depuis ma cuisine. Les couleurs ternes reflètent plus mon état d'esprit que la réalité.