Étiquette : Réflexions

Un exemple de photo que je me risquerais pas à publier sur 500px.

Anima égaré

Paysages 01/12/2012

En ce qui me concerne, décembre est une période moins propice pour prendre des photos. Trop de conflits entre les livrables de fin d’année au bureau, les obligations familiales et sociales, et l’étroitesse extrême des périodes de luminosité extérieure. Du coup, lors des rares temps libres qui subsistent, je tends à en profiter pour jeter un coup d’œil sur le passé. Qu’ai-je donc fait de mon temps, ces onze derniers mois? Ai-je évolué ou régressé? Je n’en suis pas encore au dépôt de bilan, mais je m’interroge.

La semaine dernière, j’ai profité d’un rabais d’abonnement sur 500px, qui se targue d’être une sorte de Flickr haut de gamme. Leur positionnement est d’offrir aux photographes amateurs et professionnels un espace public où l’on ne devrait idéalement publier que ses meilleures photos. Un système de votes et de listes de favoris permet aux abonnés de promouvoir leurs photos coup de cœur. Je connaissais le site depuis longtemps, mais j’hésitais à franchir le pas en allant me donner en pâture dans cette course à la popularité. Quelque chose dans le concept m’intimidait et me déplaisait tout à la fois.

Les photos qu’on retrouve sur ce site ont en commun une grande maitrise technique, des couleurs saturées, une netteté impeccable, des paysages et des corps sublimes… et certains abus d’effets auxquels je ne suis pas moi-même immunisé. Je ne me sens pourtant pas pour autant à la hauteur de ces critères.

Regardées individuellement, ces photos sont souvent très belles, tant elles sont léchées et travaillées. Les jeunes photographes russes s’y démarquent particulièrement par leur maitrise exceptionnelle de la technique. Ces photos nous font voyager, rêver, mais leur profusion génère aussi un certain étourdissement. Ceci est d’autant plus frappant quand on les consulte sur une tablette numérique, une photo après l’autre, en très haute définition. Trop de beauté, trop de rêve, trop de perfection finissent par saturer le regard. Surabondance d’effets et de sujets. On se surprend à réfléchir : oui, mais il manque quelque chose… L’unicité d’un regard unique, peut-être?

Sitôt mes propres photos introduites dans ce flot continu de publications, des personnes se sont mises à voter au hasard pour elles et à leur attribuer des commentaires circonspects : « Superbe photo! SVP, venez voir mon portfolio! ». Malaise…

Je constate que cette dernière année, je me suis peut-être laissé entrainer dans une voie qui ne peut que me laisser sur ma faim. Je pense avoir trop cherché à ce que mes photos se rapprochent de ces standards de perfection que je voyais dans ces revues et sites spécialisés. Je ne pense même pas y être parvenu non plus. Il n’y a pas de fin dans cette quête. Ici, un peu de perte de netteté. Là, l’histogramme aurait pu être mieux balancé. Il se trouve toujours un expert bien intentionné pour venir nous prodiguer ses conseils avisés. Oui, vous avez raison, j’aurais pu faire mieux. Il ne suffit pas que nous devions exceller dans toutes les sphères de notre vie. Notre quête personnelle se doit-elle d’être parfaite aussi?

Dans la course aux votes, la perfection est reine. Plus le paysage est proche des canons classiques, ou au contraire, plus il est irréel, plus il plaît. Plus la fille est jolie et dévêtue, plus l’œil de l’animal rare est net et en gros plan, plus les votes s’accumulent. Plus le lyrisme, l’érotisme ou la vision bucolique transpirent, plus la photo monte en popularité. Nous sommes dans une communauté qui s’est nourrie de National Geographic depuis sa tendre enfance. J’en suis moi-même. Si mes paysages me paraissent parfois banals, parce que faisant partie de mon quotidien, certains Européens semblent les apprécier pour cette même raison : l’exotisme fait voyager le regard.

Alors pourquoi ce sentiment de vide? Se poser la question revient un peu à y répondre. En rétrospective, je me demande où s’arrête cette quête de la perfection technique. Je pense avoir atteint un certain niveau que je juge acceptable pour mes propres besoins et critères. Pas parfait, bien loin de là, mais j’ai assez lu et pratiqué pour savoir comment obtenir certaines photos, dans ce créneau bien précis qu’est le paysage. Je soupçonne toutefois que je pourrais continuer indéfiniment à raffiner mes techniques, à perfectionner mes traitements numériques, à entretenir la netteté des pixels, à imiter tout un chacun en améliorant sans cesse mon équipement, sans pour autant ne jamais y trouver une satisfaction durable.

Il manquera toujours ce quelque chose qu’aucune explosion de popularité sur les médias sociaux ne saurait compenser. Il manque une âme. Peut-être aurais-je égaré mon anima quelque part en chemin? Je m’ennuie du silence des bois, de ce quelque chose d’insaisissable que mes photos ne semblent jamais pouvoir capturer.

Suivez le lien suivant, si vous voulez voir de quoi a l’air mon espace sur 500px. J’y ai également monté un portfolio dans un gabarit qui venait avec le rabais d’abonnement. Les mêmes photos que celles visibles dans mon profil, mais dans une présentation plus sobre. Profitez-en donc pour explorer ce qui se publie sur ce site. C’est quand même impressionnant de constater à quel point la photographie a évolué. Faites-vous votre propre idée.

2 décembre 2012 : Voici un court mais intéressant entretien avec Hengki Koentjoro, un photographe indonésien que j’admire. Sa formation technique irréprochable lui permet aujourd’hui une maîtrise parfaite de son style bien à lui. Un regard qui meuble bien ma réflexion hasardeuse sur le sujet.